Le coup de fil tombe un mardi soir. La directrice de l’EHPAD[1] vous explique, sur un ton préoccupé, que votre mère atteinte de la maladie d’Alzheimer « ne peut plus rester ». Elle aurait giflé une aide-soignante, refuse les soins, crie la nuit. Le mot « résiliation » est prononcé. Vous raccrochez en panique, persuadé qu’il faut trouver une autre place en quinze jours. C’est faux. La loi française encadre très strictement la rupture du contrat de séjour d’un résident d’EHPAD, et les troubles du comportement liés à une démence ne constituent pas, en eux-mêmes, un motif valable. Voici ce que dit le droit en 2026, et comment réagir quand un établissement met la pression.

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Ce que la loi de 2015 a changé pour les résidents d’EHPAD

Avant 2016, beaucoup d’établissements pouvaient mettre fin au contrat de séjour avec un simple préavis, sans véritable contrôle des motifs. La loi du 28 décembre 2015 relative à l’adaptation de la société au vieillissement a inscrit dans le Code de l’action sociale et des familles un article décisif : l’article L311-4-1. Ce texte limite désormais à trois cas, et trois seulement, les motifs pour lesquels un gestionnaire d’EHPAD peut résilier le contrat de séjour.

Le décret du 27 mai 2016 a fixé le préavis minimum à un mois.

Concrètement, l’établissement ne peut plus se débarrasser d’un résident jugé « difficile » comme on congédierait un locataire. Il doit prouver que l’une des trois situations limitativement énumérées par la loi est remplie. Et dans le cas d’un résident atteint d’Alzheimer[2], la loi prévoit même une protection renforcée que peu de familles connaissent.

senior avec Alzheimer faisant des crises d'agressivité

Les trois seuls motifs légaux de résiliation par l’établissement

L’article L311-4-1 du CASF est limpide. Le gestionnaire ne peut résilier le contrat que dans les cas suivants :

  1. Inexécution d’une obligation contractuelle ou manquement grave au règlement de fonctionnement, sauf si un avis médical constate que ce manquement résulte de l’altération des facultés mentales ou corporelles du résident. C’est le point crucial pour les familles concernées par la maladie d’Alzheimer.
  2. Cessation totale d’activité de l’établissement. Si l’EHPAD ferme, le contrat prend fin. Le gestionnaire doit alors accompagner le relogement.
  3. État de santé devenu incompatible avec les équipements ou soins disponibles dans l’établissement, et uniquement si le gestionnaire s’est assuré qu’une solution d’accueil adaptée existe pour la personne.

Aucun autre motif n’est recevable. Ni la lassitude de l’équipe, ni les plaintes d’autres résidents, ni la baisse de rentabilité, ni un changement de direction.

LIRE AUSSI : Mauvaises pratiques en EHPAD : comment signaler un dysfonctionnement ?

Le verrou anti-exclusion pour les résidents atteints d’Alzheimer

C’est l’apport le plus important de la loi de 2015 et il reste largement méconnu. Quand un résident manque au règlement, qu’il s’agisse de crises d’agressivité, de déambulation nocturne, de refus de soins, de cris, voire de gestes violents, l’EHPAD doit faire constater par un avis médical si ces comportements résultent ou non de l’altération de ses facultés mentales.

Si le médecin atteste que les troubles sont liés à la maladie d’Alzheimer ou à une démence apparentée, la résiliation pour manquement grave devient juridiquement impossible. Le législateur a estimé qu’on ne peut pas sanctionner contractuellement quelqu’un dont le comportement échappe au contrôle volontaire. Cette disposition protège des milliers de résidents chaque année. Cependant une résiliation reste possible si l’état de santé devient incompatible avec les capacités de l’établissement.

En pratique, demandez par écrit à la direction quel est le diagnostic médical retenu pour justifier la procédure. Et demandez l’avis du médecin coordonnateur. Si la cause médicale est établie, le motif d’exclusion tombe.

Bon à savoir : seul le gestionnaire a un pouvoir de décision. 

Le seul motif réel : l’inadéquation des soins, et ses conditions strictes

Reste le troisième cas : l’état de santé qui dépasse les capacités de l’établissement. Pour un résident dont les troubles s’aggravent, l’EHPAD peut soutenir qu’il ne dispose ni de l’environnement architectural sécurisé, ni du personnel formé, ni des moyens de surveillance nécessaires.

Mais attention, ce motif ne se présume pas. Il suppose deux conditions cumulatives : 

  • un état de santé attesté médicalement comme incompatible avec les moyens de l’établissement ;
  • l’identification préalable d’une solution d’accueil adaptée

Un EHPAD ne peut pas mettre un résident à la porte sans avoir activé le réseau gérontologique du département, identifié une UHR disponible, contacté l’équipe mobile de psychogériatrie ou le secteur protégé d’un autre établissement. Si la direction ne vous propose aucune solution concrète, exigez-la par écrit.

Vos droits en tant que résident ou famille : tableau récapitulatif

SituationCe que peut faire l’EHPADCe qu’il ne peut pas faire
Troubles du comportement liés à Alzheimer attestés médicalementAdapter le projet de soins, demander un transfert en UHR[3] ou UVP, solliciter la psychogériatrieRésilier le contrat pour manquement au règlement
Agression d’un membre du personnel sans diagnostic neurologiqueEngager une procédure pour manquement grave après mise en demeure écriteRenvoyer le résident sans préavis d’un mois
Aggravation médicale dépassant les soins disponiblesRésilier après avis médical et après avoir identifié une solution adaptéeExclure sans solution de relogement concrète
PréavisUn mois maximum, à compter de la notification écriteImposer un délai plus court
Forme de la résiliationNotification écrite motivée, lettre recommandée avec accusé de réceptionRésilier par téléphone ou par e-mail informel
Délai de réflexion du résidentDoit informer le résident de ses droitsEmpêcher la saisine de la CDU ou de l’ARS

Les recours quand un EHPAD met la pression sur votre famille

Si la direction vous annonce une résiliation, refusez les décisions verbales et exigez un écrit motivé. Puis activez plusieurs leviers en parallèle.

  • La Commission des usagers (CDU) ou le Conseil de la vie sociale (CVS) de l’établissement examinent les plaintes au moins une fois par trimestre. Saisissez-les par courrier remis contre signature. Le président doit orienter la famille vers la médiation et informer des voies de recours. 
  • L’Agence régionale de santé (ARS) peut diligenter une inspection en cas de signalement crédible. Le portail de signalement des événements indésirables est accessible en ligne. Un signalement à l’ARS pèse lourd dans les négociations avec la direction.
  • Le Défenseur des droits peut être saisi gratuitement en cas de discrimination ou d’atteinte aux droits fondamentaux du résident. Sa saisine est ouverte à la famille, sans avocat, via le site officiel ou un délégué local.
  • Le juge des contentieux de la protection peut être saisi en référé si l’expulsion est imminente et abusive. L’aide juridictionnelle est ouverte selon les revenus.

Bon à savoir : La CDU n’existe que dans les EHPAD rattachés à un centre hospitalier.

senior faisant une évaluation de ses troubles cognitifs en ehpad alzheimer

Les vraies solutions techniques avant d’envisager un départ

Avant qu’un transfert devienne inévitable, plusieurs alternatives existent au sein même de la filière EHPAD. 

  • L’UHR (Unité d’Hébergement Renforcée), encadrée par le décret du 26 août 2016, accueille jusqu’à 14 résidents présentant des troubles du comportement sévères, avec un ratio soignants pour résidents de 1 pour 3 et du personnel formé « assistant de soins en gérontologie[4] ». 
  • L’UVP (Unité de Vie Protégée), plus généraliste, propose un environnement architectural sécurisé pour 10 à 20 résidents atteints de maladie neurodégénérative. 
  • Le PASA (Pôle d’Activités et de Soins Adaptés) fonctionne en journée, pour les troubles modérés, sans hébergement séparé.

Demandez à la direction si l’établissement dispose de l’une de ces unités, ou si un transfert interne est envisageable. Mobilisez le médecin traitant et le médecin coordonnateur pour qu’un projet de soins adapté soit formalisé. Un traitement médicamenteux mal ajusté, une douleur non traitée, un environnement sonore agressif sont souvent à l’origine des comportements qualifiés à tort de « violents ».

L’essentiel à retenir si la pression monte

  • Refusez les décisions verbales, exigez un écrit motivé, gardez tous les échanges.
  • Vérifiez que l’origine médicale des troubles est documentée, demandez l’avis du médecin coordonnateur.
  • Saisissez en parallèle la CDU de l’établissement, l’ARS via son portail de signalement, et si besoin le Défenseur des droits.
  • N’acceptez aucune sortie tant qu’une solution d’accueil adaptée n’a pas été identifiée par l’EHPAD lui-même.
  • Le préavis ne peut pas dépasser un mois, et il commence à courir à compter de la notification écrite, pas du coup de fil.
  • Dans la grande majorité des dossiers, une médiation aboutit à un maintien du résident avec ajustement du projet de soins ou à un transfert organisé vers une UHR.

FAQ

Mon parent est en EHPAD depuis trois ans, peut-il vraiment être expulsé du jour au lendemain ?

Non. Même en cas de manquement grave, le préavis est d’un mois minimum, notifié par écrit, et la résiliation doit être motivée par l’un des trois cas prévus à l’article L311-4-1 du CASF. Une expulsion immédiate sans préavis serait illégale.

L’EHPAD peut-il résilier le contrat parce que mon parent a frappé une aide-soignante ?

Pas si l’agressivité est liée à la maladie d’Alzheimer ou à une démence apparentée. La loi exclut expressément la résiliation pour manquement quand un avis médical constate que le comportement résulte de l’altération des facultés mentales. Demandez par écrit le diagnostic médical retenu.

Quelle différence entre la CDU et le CVS pour porter une réclamation ?

Le CVS (Conseil de la vie sociale) est obligatoire dans les EHPAD, composé de résidents, familles et personnels élus. La CDU (Commission des usagers) existe surtout dans les structures rattachées à un établissement de santé. Les deux instances examinent les plaintes et orientent vers la médiation. Saisissez celle qui existe dans votre établissement.

Si l’EHPAD trouve une place en UHR mais loin de chez nous, peut-on refuser ?

Vous pouvez exprimer votre désaccord par écrit, mais la solution proposée doit surtout être adaptée à l’état du résident. Le critère légal est l’adéquation des soins, pas la proximité géographique. Négociez auprès du médecin coordonnateur pour obtenir d’abord une solution interne, comme un transfert vers le secteur protégé de l’EHPAD actuel.

Faut-il prendre un avocat pour contester une résiliation ?

Pas en première intention. Commencez par la CDU ou le CVS, l’ARS et le Défenseur des droits. Ces saisines sont gratuites et souvent suffisantes pour faire reculer un établissement. L’avocat devient utile si une procédure judiciaire en référé est nécessaire. L’aide juridictionnelle est ouverte selon les revenus.

Article relu par l’équipe éditoriale avec le concours d’un contributeur expert médico-social chez Cap Retraite. Son expérience de terrain et sa connaissance des dispositifs d’aide et d’accompagnement permettant d’apporter un regard fiable et pertinent aux lecteurs.

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Augustin,Augustin , rédacteur chez Cap Retraite et expert digital. Il crée des contenus à impact social dédiés au grand âge et aux familles aidantes.

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