Passé 80 ans, une personne sur deux présente une perte auditive qui nécessite une prise en charge (DREES). Or, une enquête durant la Journée nationale de l’Audition, le 12 mars, révèle qu’environ 4 millions de seniors malentendants ne font rien pour compenser leur surdité. Mal détectée et souvent banalisée, la presbyacousie non corrigée favorise le déclin cognitif, la dépression[1] et précipite la dépendance[2]. Voyons pourquoi cet enjeu de santé majeur reste aussi largement sous-estimé et comment prevenir ce trouble pour prolonger l’autonomie de nos aînés.
Pourquoi les personnes âgées négligent-elles leur perte auditive ?
Selon un sondage OpinionWay pour l’ANA, si un tiers des personnes de plus de 65 ans déclarent des troubles auditifs, un quart seulement est équipé d’une aide auditive.
Un trouble non prioritaire
Toujours selon l’ANA/OpinionWay, les Français placent la surdité au 6ᵉ rang seulement de leurs préoccupations sanitaires, loin derrière les cancers, les troubles de la mémoire ou la perte d’autonomie. Pourtant, le lien entre audition et ces mêmes pathologies est scientifiquement établi. Cette méconnaissance retarde la prise en charge.
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Une perte auditive silencieuse
Contrairement à une vision qui baisse brutalement, l’audition se dégrade sur des années, au point que ni la personne concernée ni son entourage ne perçoivent clairement le moment où le seuil critique est franchi. C’est souvent un proche qui, à force de répéter ses phrases, finit par déclencher la prise de conscience.
Les freins à l’appareillage
Plusieurs blocages expliquent ce phénomène :
- Porter des prothèses auditives coûte cher… Alors que certains appareils auditifs sont 100 % pris en charge. Voici comment choisir le meilleur appareil pour son audition.
- Le parcours de soin lui-même : obtenir un appareillage nécessite une consultation médicale, une audiométrie, une ordonnance, puis un suivi chez un audioprothésiste. Un parcours que certains seniors, notamment les plus isolés ou les moins mobiles, peinent à engager seuls.
- Admettre qu’entendre moins bien, c’est souvent accepter de vieillir. Beaucoup de personnes minimisent leurs difficultés pendant des années, convaincues qu’elles « s’adaptent » quand c’est en réalité leur entourage qui compense à leur place, en répétant, en articulant, en haussant la voix.
Les conséquences cachées de la perte auditive
Mal entendre n’est pas qu’un inconfort. Les conséquences d’une perte auditive non compensée s’enchaînent, avec un impact direct sur la santé de la personne âgée.
Déclin cognitif et démence
Une audition non réhabilitée prive le cerveau d’une partie de ses stimulations. Selon l’Inserm, il existe un lien clair entre la perte auditive non compensée et l’aggravation des troubles cognitifs, y compris dans le cadre de la maladie d’Alzheimer.
D’après France Alzheimer[4] : lorsque l’audition diminue, le cerveau doit redoubler d’efforts pour comprendre et interpréter les sons manquants. Cette surcharge cognitive épuise progressivement les ressources cérébrales normalement dédiées à d’autres fonctions essentielles : la mémoire, l’attention, l’orientation. Le déclin s’accélère alors insidieusement.
L’isolement social et la dépression
Suivre une conversation devient épuisant, voire impossible. Les personnes malentendantes tendent à se retirer des échanges, ce qui nourrit un isolement progressif aux effets délétères sur l’humeur et la santé mentale.
Le risque de chutes
L’oreille interne joue un rôle dans l’équilibre. Une perte auditive peut perturber ce dernier, mais aussi priver la personne des sons environnants qui permettent de s’orienter et d’anticiper les obstacles. Selon le Pr Puisieux, chef du pôle de gérontologie[5] du CHU de Lille, appareiller les personnes presbyacousiques réduit le risque de chute de plus de 25 %.
Autrement dit, traiter la surdité, c’est aussi permettre aux personnes âgées de rester à domicile plus longtemps.
Les erreurs dans la prise en charge médicale
Lorsqu’une personne n’entend pas clairement les explications de son médecin ou les consignes des soignants (posologie, consignes de sécurité, diagnostics), le risque d’incompréhension augmente.
De plus, le Pr Puel, président de l’ANA, explique que ne pas appareiller correctement les résidents malentendants, c’est risquer de les étiqueter comme « désorientés », « dépressifs » ou « agressifs », alors qu’ils ne comprennent simplement pas ce qu’on leur dit. Une confusion lourde de conséquences sur leur prise en charge.
Quid du suivi auditif des résidents en EHPAD ?
Selon des données de la Haute Autorité de Santé, seuls 50 % des aînés sont appareillés à leur entrée en EHPAD, et 77 % des résidents auraient un appareil non adapté.
Les causes du manque d’appareillage en EHPAD
Piles mortes, appareils mal entretenus, parfois perdus lors du linge… leurs prothèses auditives finissent trop souvent sur la table de nuit. Cet abandon n’est pas dû à une négligence. Comme l’explique une étude pilote menée avec le CHU de Lille, les équipes soignantes ne sont pas formées aux dispositifs auditifs.
De plus, les audioprothésistes n’ont légalement pas le droit d’intervenir en EHPAD[3], ni pour appareiller ni pour assurer le suivi de leurs patients. C’est donc aux soignants que revient la responsabilité du bon port et de l’entretien des appareils.
Former le personnel au contrôle audio

Une mission “plan Audition et grand âge 2026-2028″ a donc été lancée par l’ANA, en mars 2026, au ministère de la Santé. Son objectif : former les équipes soignantes à manipuler, entretenir et vérifier les aides auditives des résidents, grâce notamment à une valise pédagogique équipée (otoscope, produits d’entretien, oreilles factices pour l’entraînement).
Après formation, le taux de port des appareils est passé de 18 % à 86 %. Étendu à l’ensemble des EHPAD français, ce plan pourrait bénéficier à près de 476 000 résidents.
Le rôle des familles dans la surdité de leur proche âgé
En moyenne, les personnes se font appareiller autour de 70 ans. Or, plus l’attente est longue, plus la réadaptation du cerveau à un nouvel environnement sonore est difficile.
Agir dès les premiers signes reste la meilleure stratégie. Que votre proche vive à domicile ou en EHPAD, plusieurs réflexes permettent d’agir efficacement :
- Repérer les signaux d’alerte : télévision trop forte, demandes de répétition fréquentes, difficultés à suivre une conversation en groupe, acouphènes, ou troubles de l’équilibre. Ce sont souvent les proches qui le remarquent en premier.
- Consulter rapidement : un médecin généraliste ou un ORL peut poser un diagnostic par audiométrie et, si nécessaire, prescrire une aide auditive. La prescription médicale est obligatoire pour tout appareillage.
- En EHPAD, vérifier régulièrement l’état de l’appareil : piles chargées, embouts propres, appareil effectivement porté. N’hésitez pas à en parler à l’équipe soignante et à demander si une formation a été réalisée dans l’établissement, ou si elle est prévue dans le cadre du plan ANA.
- Profiter des dépistages gratuits : à l’occasion de la Journée nationale de l’audition (JNA, chaque année en mars), certains EHPAD organisent des tests auditifs gratuits pour leurs résidents. Renseignez-vous auprès de l’établissement ou de l’ANA.
- Se renseigner sur le 100 % Santé : depuis 2021, les aides auditives de classe I sont intégralement remboursées sur prescription dans le cadre du 100 % Santé.
Agir sur la perte auditive, même tardivement, reste bénéfique. Selon l’ANA, corriger un déficit auditif réduit significativement le risque de développer une maladie d’Alzheimer ou apparentée. Il n’est jamais trop tard pour consulter.
L’audition est un sens dont la perte, longtemps banalisée, conditionne pourtant largement la qualité de vie et le maintien de l’autonomie des personnes âgées. La mobilisation récente des professionnels de santé et des pouvoirs publics autour de cet enjeu est encourageante. En tant que famille ou aidant, rester attentif à ce signal discret peut changer beaucoup de choses.
Sources :
- Service Public pour l’autonomie
- ANA
- ANA/ Hello Asso
- Audiologie Demain
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[1] Dépression
La dépression est un état de tristesse profonde et prolongée, où une personne perd l’intérêt pour les activités et se sent épuisée, qui est très fréquent chez les seniors.
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[2] Dépendance
La dépendance de la personne âgée désigne le besoin d’aide pour réaliser les tâches de la vie quotidienne en raison de problèmes physiques ou mentaux.
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[3] EHPAD
Les EHPAD sont des établissements médicalisés qui accueillent des personnes âgées qui ont besoin de soins médicaux réguliers et d’une aide dans leur vie quotidienne.
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[4] Alzheimer
La maladie d’Alzheimer est une maladie qui affecte le cerveau, entraînant des pertes de mémoire et des difficultés à penser clairement, rendant progressivement les tâches quotidiennes plus difficiles.
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[5] Gérontologie
La gérontologie est l’étude du vieillissement et des défis liés à la vie des personnes âgées.
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