Quand un parent atteint de la maladie de Parkinson entre en EHPAD, les familles redoutent autant la perte d’autonomie que les frais imprévus. Entre 60 et 80 % des personnes parkinsoniennes développent des troubles de la déglutition, beaucoup ont besoin de kinésithérapie[2] soutenue, et certaines requièrent un suivi orthophonique régulier. Que doit garantir l’établissement dans son tarif ? Que peut-il légitimement facturer en supplément ? Décryptage pratique pour préparer la signature du contrat de séjour.
Les 5 aménagements que l’EHPAD doit proposer pour un résident parkinsonien
L’accompagnement d’un résident atteint de la maladie de Parkinson ne se limite pas au traitement médicamenteux : certains aménagements et services sont essentiels pour préserver son autonomie et sa sécurité au quotidien.
1. Une kinésithérapie régulière intégrée au tarif soins
La kinésithérapie est le pilier non médicamenteux de la prise en charge de Parkinson. Elle vise à entretenir la marche, l’équilibre, la posture, et à prévenir les chutes (cause majeure d’hospitalisation chez les parkinsoniens).
- Lorsque l’EHPAD[1] dispose d’un kinésithérapeute[3] salarié, les séances sont intégrées au tarif soins, donc non facturées au résident.
- Lorsque l’établissement fait appel à un kinésithérapeute libéral, les séances sont prescrites par le médecin coordonnateur et remboursées par l’Assurance maladie au titre de l’ALD Parkinson.
Question à poser absolument au moment de la visite : l’EHPAD a-t-il un kinésithérapeute salarié sur place ? Combien de séances par semaine sont assurées en moyenne pour les résidents parkinsoniens ? Les recommandations professionnelles préconisent au moins 2 à 3 séances hebdomadaires en phase évoluée.

2. Une adaptation de l’alimentation aux troubles de la déglutition
La dysphagie touche plus de la moitié des résidents parkinsoniens à un stade avancé. Le risque est la fausse route, l’inhalation alimentaire, la pneumopathie.
L’EHPAD doit proposer dans son tarif hébergement des textures adaptées : repas mixés, hachés, en morceaux tendres, eau gélifiée si besoin. Le médecin coordonnateur et le diététicien (présent dans la plupart des EHPAD) définissent les textures sur prescription. Ces adaptations alimentaires ne donnent pas lieu à un supplément de facturation : elles font partie du service de restauration.
L’environnement du repas compte aussi : installation correcte (tête légèrement penchée en avant), absence de distractions sonores, temps suffisant. Ces aspects relèvent de l’organisation de l’EHPAD, sans surcoût.
3. Une chambre adaptée à la mobilité réduite
Les EHPAD doivent proposer des chambres accessibles : largeur de porte, salle de bains avec douche à l’italienne, barres d’appui, lit médicalisé. Pour un résident parkinsonien sujet aux blocages moteurs (freezing) ou aux chutes, l’établissement peut prêter du matériel : déambulateur, fauteuil roulant, lit avec relève-buste électrique.
Ces équipements sont inclus dans le tarif dépendance[4] ou dans le forfait soins selon leur nature, et ne sont pas refacturés. Ils sont parfois prescrits par un médecin avec une prise en charge de l’assurance maladie.
L’ergothérapeute, lorsque l’EHPAD en emploie un, intervient pour adapter les gestes du quotidien (habillage, transferts). Sa présence est variable selon les établissements. Dans les EHPAD spécialisés, l’ergothérapie fait partie du forfait soins.
4. Une signalétique et un environnement sécurisé
Les troubles cognitifs associés à Parkinson (qui surviennent chez environ 30 à 40 % des patients à un stade avancé) nécessitent un environnement repérable. Couloirs avec signalétique contrastée, repères visuels pour les toilettes, éclairage suffisant la nuit, sol non glissant : ces aménagements relèvent des obligations d’accessibilité et de sécurité, sans surcoût pour le résident.
Certains EHPAD disposent d’unités spécifiques pour les troubles neurodégénératifs. L’accès à ces unités peut générer un tarif hébergement majoré (selon les départements), mais cette majoration doit être affichée dans le contrat de séjour.
5. Le suivi médical par le médecin coordonnateur et le neurologue
Le médecin coordonnateur de l’EHPAD assure le suivi global et la coordination avec le neurologue traitant. Les consultations chez le neurologue (libéral ou hospitalier) restent organisées en externe, prises en charge à 100 % au titre de l’ALD.
L’EHPAD doit faciliter ces déplacements et la transmission des ordonnances. Les ajustements de traitement antiparkinsonien relèvent toujours du neurologue, jamais d’une décision unilatérale de l’établissement.

Ce que l’EHPAD facture en plus : la liste à vérifier dans le contrat de séjour
Au-delà du socle obligatoire, plusieurs prestations utiles à un résident parkinsonien sont fréquemment facturées en supplément. Le contrat de séjour doit obligatoirement détailler ces tarifs. Voici les principales à anticiper.
| Prestation | Inclus dans le tarif | Facturé en supplément | Ordre de grandeur |
|---|---|---|---|
| Kinésithérapie | Oui (salarié) ou via Assurance maladie (libéral) | Non | Pris en charge ALD |
| Ergothérapie | Oui si ergothérapeute salarié | Non habituellement | Inclus tarif soins |
| Orthophonie libérale | Non (prise en charge externe par Assurance maladie) | Non par l’EHPAD mais éventuels frais de déplacement | Remboursée ALD |
| Repas adaptés (textures modifiées) | Oui | Non | Inclus hébergement |
| Coiffeur, pédicure, esthétique | Non | Oui, à la prestation | 10 à 35 euros par séance |
| Musicothérapie, art-thérapie[5] | Variable | Souvent oui en EHPAD classique | 5 à 15 euros par séance |
| Activités physiques adaptées (APA, tai-chi) | Variable | Parfois en option payante | Forfait mensuel ou à la séance |
| Téléphone, télévision en chambre | Souvent non | Oui (abonnement) | 15 à 40 euros par mois |
| Linge personnel (entretien) | Variable selon contrat | Parfois forfait mensuel | 30 à 80 euros par mois |
| Accompagnement aux rendez-vous médicaux extérieurs | Variable | Souvent oui | Tarif horaire |
| Repas pour invités | Non | Oui | 8 à 20 euros par repas |
Depuis 2026, l’augmentation des tarifs hébergement non habilités à l’aide sociale est plafonnée à +0,86 %, une revalorisation modérée fixée par arrêté ministériel. Cela ne concerne pas les prestations à la carte, qui peuvent évoluer librement.
L’orthophonie : un point spécifique à anticiper
La maladie de Parkinson altère la voix (hypophonie), la déglutition et parfois l’écriture (micrographie). L’orthophonie joue un rôle majeur pour entretenir ces fonctions. La méthode LSVT-LOUD, par exemple, a démontré son efficacité sur la voix. Quasi aucun EHPAD n’emploie d’orthophoniste salarié. L’orthophonie est donc assurée par un orthophoniste libéral, soit en consultation extérieure, soit par déplacement dans l’établissement.
- Bonne nouvelle : les séances sont remboursées à 100 % au titre de l’ALD Parkinson.
- Mauvaise nouvelle : la disponibilité d’orthophonistes acceptant des déplacements en EHPAD est très inégale selon les territoires.
À vérifier avant l’entrée : l’EHPAD a-t-il un orthophoniste partenaire qui se déplace ? Sinon, comment seront organisés les rendez-vous externes ?
Les bonnes questions à poser lors de la visite
- Quels professionnels paramédicaux interviennent en interne (kinésithérapeute, ergothérapeute, psychomotricien, orthophoniste partenaire) ?
- Combien de résidents parkinsoniens sont actuellement accueillis et comment leur prise en charge est-elle organisée ?
- Existe-t-il une unité spécifique pour les troubles neurodégénératifs et à quel tarif ?
- Quelles activités adaptées sont proposées (gymnastique douce, tai-chi, danse, musicothérapie) et à quel coût ?
- Quel est le délai de réaction en cas de blocage moteur sévère ou de chute ?
- Comment sont gérés les médicaments antiparkinsoniens (horaires précis, transmissions avec le neurologue) ?
- Les textures modifiées sont-elles préparées sur place ou achetées en industriel ?
- Quelles sont les prestations facturées en sus et leur grille tarifaire 2026 ?
Demandez systématiquement le contrat de séjour type et la liste des prestations optionnelles avant la signature. La loi impose à l’EHPAD de remettre ces documents avant l’admission. Toute prestation non listée ne peut pas être facturée a posteriori sans accord écrit.
Aides financières mobilisables
Pour réduire le reste à charge, plusieurs dispositifs s’additionnent.
- L’APA en établissement couvre une partie du tarif dépendance.
- L’aide au logement (APL ou ALS) peut s’appliquer si l’EHPAD est conventionné.
- L’aide sociale à l’hébergement (ASH), accordée par le département sous conditions de ressources, prend en charge le tarif hébergement avec récupération sur succession et obligation alimentaire.
- La réduction d’impôt[6] pour frais d’hébergement en EHPAD (25 % des dépenses dans la limite de 10 000 euros par an) reste accessible aux résidents imposables.
Foire aux questions
Tous les EHPAD acceptent-ils les résidents Parkinson ?
La loi n’impose pas de label particulier. Tout EHPAD peut accueillir un résident parkinsonien, mais les capacités de prise en charge varient beaucoup. Les EHPAD avec kinésithérapeute salarié, équipe formée aux pathologies neurodégénératives et lien établi avec un neurologue référent offrent un cadre plus sécurisant. Certains réseaux (Korian, Colisée, Domusvi) ont développé des programmes spécifiques.
Le tarif hébergement augmente-t-il si la maladie progresse ?
Non, le tarif hébergement est forfaitaire et ne dépend pas du diagnostic. En revanche, le tarif dépendance augmente si le GIR[7] du résident s’aggrave, mais cette part est partiellement couverte par l’APA. Une réévaluation médico-administrative est faite régulièrement.
Que faire si l’EHPAD facture une prestation non prévue au contrat ?
La facturation de toute prestation doit être prévue au contrat de séjour ou faire l’objet d’un avenant signé. En cas de litige, saisir d’abord la direction de l’établissement, puis le Conseil de la vie sociale (CVS), puis le Conseil départemental ou l’Agence régionale de santé (ARS). L’association France Parkinson peut également orienter.
Le neurologue continue-t-il à suivre mon parent en EHPAD ?
Oui, le suivi neurologique reste indispensable. Toute modification de traitement antiparkinsonien relève du neurologue, pas du médecin coordonnateur de l’EHPAD. Les consultations sont prises en charge à 100 % au titre de l’ALD. Certains neurologues hospitaliers se déplacent en EHPAD, mais c’est rare. Le plus souvent, des rendez-vous trimestriels ou semestriels sont programmés à l’extérieur.
Y a-t-il des EHPAD spécifiquement labellisés Parkinson ?
Il n’existe pas de label officiel « EHPAD Parkinson » en France. Certains établissements communiquent sur une expertise spécifique, parfois validée par un partenariat avec un centre hospitalier ou avec l’association France Parkinson. Ce sont des informations utiles, à recouper avec les conditions concrètes de prise en charge.
✅ Article relu par l’équipe éditoriale avec le concours d’un contributeur expert médico-social chez Cap Retraite. Son expérience de terrain et sa connaissance des dispositifs d’aide et d’accompagnement permettant d’apporter un regard fiable et pertinent aux lecteurs.
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[1] EHPAD
Les EHPAD sont des établissements médicalisés qui accueillent des personnes âgées qui ont besoin de soins médicaux réguliers et d’une aide dans leur vie quotidienne.
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[2] Kinésithérapie
La kinésithérapie utilise des exercices et des massages pour aider à soulager les douleurs et améliorer la mobilité.
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[3] Kinésithérapeute
Le kinésithérapeute est un spécialiste qui aide les gens à récupérer leur mobilité et à soulager leurs douleurs à travers des exercices et des massages.
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[4] Dépendance
La dépendance de la personne âgée désigne le besoin d’aide pour réaliser les tâches de la vie quotidienne en raison de problèmes physiques ou mentaux.
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[5] Art-Thérapie
L’art-thérapie est une approche thérapeutique qui utilise l’expression artistique, comme le dessin ou la musique, pour aider les gens à explorer et à comprendre leurs émotions.
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[6] Impôt
L’impôt est une somme d’argent que les citoyens et les entreprises paient régulièrement au gouvernement. Cet argent est utilisé pour financer des services publics comme les écoles, les routes, et…
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[7] GIR
Le GIR (Groupe Iso-Ressources) est un outil qui sert à évaluer le niveau d’autonomie des personnes âgées, en les classant selon leur besoin d’aide pour les activités quotidiennes.
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