La maladie de Parkinson est une maladie neurodégénérative qui associe tremblements, rigidité musculaire, lenteur des mouvements et troubles de l’équilibre. Aux stades avancés, ces troubles se traduisent par des chutes de plus en plus fréquentes. Pour les familles, ces chutes répétées sont souvent le moment où la question de l’EHPAD[1] s’impose. Beaucoup cherchent un seuil précis, un nombre de chutes au-delà duquel il faudrait entrer en établissement. Pour la HAS, il y a des chutes répétées lorsqu’une personne fait au moins deux chutes sur une période de douze mois. La décision d’institutionnalisation ne relève jamais d’un chiffre automatique : elle résulte d’une évaluation médicale globale et individualisée. Voici les repères qui font évoluer la réflexion.
Pourquoi les chutes deviennent un tournant
Dans la maladie de Parkinson avancée, les troubles de l’équilibre et les blocages de la marche, parfois appelés freezing, multiplient le risque de chute. Ce risque n’est pas anodin. Une chute peut entraîner une fracture, en particulier du col du fémur, dont les conséquences sur l’autonomie sont majeures.
Après une hospitalisation et une immobilisation, la personne peut perdre en autonomie et ne pas toujours récupérer son niveau antérieur. S’installe alors un cercle : la peur de tomber réduit l’activité, la baisse d’activité affaiblit les muscles, et cet affaiblissement augmente encore le risque de chute.
À cela s’ajoute l’épuisement de l’aidant, qui vit dans la crainte permanente de retrouver son proche au sol.

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Les repères qui font évoluer vers l’entrée en EHPAD
Plusieurs facteurs, appréciés ensemble et non isolément, orientent la réflexion des gériatres vers une entrée en EHPAD :
- La fréquence et la gravité des chutes comptent, surtout lorsqu’elles entraînent des blessures ou des hospitalisations à répétition.
- L’échec du maintien à domicile malgré la mise en place de toutes les aides possibles est un signal fort : quand les passages infirmiers, le kinésithérapeute[2], les aides techniques et l’aménagement du logement ne suffisent plus à garantir la sécurité, l’équation domiciliaire atteint ses limites.
- L’existence de troubles cognitifs associés, fréquents aux stades avancés de la maladie, complique encore le maintien à domicile car la personne peut oublier ses limites et se mettre en danger.
- L’épuisement de l’aidant, physique et psychologique, est également pris en compte dans l’évaluation de la situation. Lorsqu’il devient difficile d’assurer l’accompagnement au quotidien, une orientation vers une structure plus adaptée peut être envisagée.
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Le rôle central de l’évaluation gériatrique
La décision s’appuie sur une évaluation gériatrique complète, réalisée par une équipe pluridisciplinaire.
Cette évaluation comprend un bilan neurologique, une analyse de l’autonomie via la grille AGGIR (Autonomie gérontologique et Groupes Iso Ressources), un examen du risque de chute, une évaluation cognitive et une appréciation de l’environnement de vie.
Le médecin traitant, le neurologue et le gériatre croisent leurs regards. C’est cette approche pluridisciplinaire, et non un compteur de chutes, qui détermine si le maintien à domicile reste raisonnable ou si l’EHPAD devient la solution la plus protectrice. Toute décision doit être discutée avec ces professionnels.
La personne malade doit être associée à la décision dans la mesure de ses capacités, aux côtés de ses proches et, le cas échéant, de son représentant légal. L’avis médical constitue un élément important de l’évaluation, mais il ne suffit pas, à lui seul, à décider d’une entrée en EHPAD.

Les alternatives à explorer avant l’EHPAD
Avant d’envisager l’entrée en établissement, plusieurs solutions permettent souvent de prolonger un maintien à domicile sûr.
- L’aménagement du logement réduit les obstacles : suppression des tapis, barres d’appui, sol antidérapant, éclairage renforcé, lit médicalisé.
- La kinésithérapie[3] régulière est un pilier reconnu : le travail de la marche, de l’équilibre et du renforcement musculaire limite le risque de chute et entretient la mobilité.
- Les aides techniques, du déambulateur adapté aux dispositifs d’alerte en cas de chute, sécurisent le quotidien.
- L’accueil de jour offre à la personne des activités encadrées et à l’aidant des temps de répit précieux.
- L’hébergement temporaire peut aussi servir de solution intermédiaire pour tester une prise en charge institutionnelle.
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Une gestion des traitements qui pèse dans la décision
La maladie de Parkinson impose une prise très rigoureuse des médicaments, notamment de la lévodopa, à des horaires précis. Un décalage entraîne des fluctuations motrices, ces alternances de phases où le patient bouge normalement et de phases de blocage.
À domicile, quand les troubles cognitifs empêchent la personne de gérer seule ses prises et que l’aidant ne peut plus assurer cette surveillance constante, la sécurité médicamenteuse devient difficile à garantir. Cet élément entre lui aussi dans la balance de l’évaluation.
Tableau des signaux d’alerte et mesures à envisager
| Signal d’alerte | Mesure à envisager |
|---|---|
| Chutes occasionnelles sans blessure | Bilan kiné, aménagement du domicile, aides techniques |
| Chutes fréquentes ou avec blessures | Évaluation gériatrique, renforcement des aides à domicile, hébergement temporaire |
| Échec des aides malgré leur mise en place | Réévaluation médicale pluridisciplinaire, envisager l’EHPAD |
| Troubles cognitifs associés aux chutes | Bilan neurologique et cognitif, sécurisation renforcée |
| Épuisement de l’aidant | Accueil de jour, répit, soutien, envisager l’institutionnalisation |
| Impossibilité de garantir la sécurité jour et nuit | Orientation vers un EHPAD adapté après avis médical et après concertation avec la personne concernée et ses proches |
Le coût, un paramètre à anticiper
L’entrée en EHPAD a un coût qu’il faut anticiper. Le tarif moyen d’un EHPAD s’établit autour de 2 630 euros par mois en 2026 selon la DREES. Pour aider à financer la dépendance[4], l’allocation personnalisée d’autonomie (APA) en établissement peut être mobilisée. Ces montants et l’éligibilité dépendent de la situation de chacun, à vérifier auprès du conseil départemental.
Questions fréquentes
Existe-t-il un nombre de chutes qui impose l’EHPAD ?
Non. Il n’existe aucun seuil officiel ni automatique. La décision repose sur une évaluation gériatrique globale qui prend en compte la fréquence et la gravité des chutes, mais aussi l’échec des aides à domicile, les troubles cognitifs et l’épuisement de l’aidant. Seule une équipe médicale, en concertation avec la famille et le patient, peut apprécier si le maintien à domicile reste sûr.
La kinésithérapie peut-elle vraiment réduire les chutes ?
La kinésithérapie est un pilier reconnu de la prise en charge de la maladie de Parkinson. Le travail régulier de la marche, de l’équilibre et du renforcement musculaire aide à limiter le risque de chute et à maintenir la mobilité. Le rythme et les objectifs des séances doivent être définis avec le médecin et le kinésithérapeute selon l’état de la personne.
Quelles aides existent avant d’envisager l’EHPAD ?
Plusieurs solutions permettent de prolonger un maintien à domicile sûr : aménagement du logement, aides techniques comme le déambulateur ou les dispositifs d’alerte, passages infirmiers, kinésithérapie et accueil de jour. L’hébergement temporaire ou l’accueil de jour peut servir de transition. Le choix dépend de la situation, à évaluer avec le médecin traitant et l’équipe soignante en collaboration avec la personne concernée et ses proches.
Que faire quand l’aidant est épuisé ?
L’épuisement de l’aidant est un critère à part entière. Des solutions de répit existent : accueil de jour, hébergement temporaire, soutien psychologique, plateformes d’accompagnement des aidants. En parler au médecin traitant permet d’organiser ce répit et, si nécessaire, d’envisager avec la personne concernée et ses proches les solutions d’accompagnement les plus adaptées à l’évolution de la situation.
Vers qui se tourner pour décider ?
La décision se prend avec le médecin traitant, le neurologue qui suit la maladie de Parkinson et, si possible, un gériatre. Une évaluation gériatrique pluridisciplinaire apporte un éclairage complet. L’association France Parkinson peut aussi informer et orienter les familles. Aucune décision médicale ne doit être prise sans l’avis de ces professionnels.
✅ Article relu par l’équipe éditoriale avec le concours d’un contributeur expert médico-social chez Cap Retraite. Son expérience de terrain et sa connaissance des dispositifs d’aide et d’accompagnement permettant d’apporter un regard fiable et pertinent aux lecteurs.
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[1] EHPAD
Les EHPAD sont des établissements médicalisés qui accueillent des personnes âgées qui ont besoin de soins médicaux réguliers et d’une aide dans leur vie quotidienne.
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[2] Kinésithérapeute
Le kinésithérapeute est un spécialiste qui aide les gens à récupérer leur mobilité et à soulager leurs douleurs à travers des exercices et des massages.
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[3] Kinésithérapie
La kinésithérapie utilise des exercices et des massages pour aider à soulager les douleurs et améliorer la mobilité.
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[4] Dépendance
La dépendance de la personne âgée désigne le besoin d’aide pour réaliser les tâches de la vie quotidienne en raison de problèmes physiques ou mentaux.
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