Se fait répéter les choses, radote, se perd dans une conversation, se renferme, s’irrite plus vite qu’avant… Si les signes mentaux plus classiques sont généralement surveillés chez un proche âgé, une démence touche aussi le corps, parfois bien avant la mémoire. Voici 6 changements physiques annonciateurs de démence et ce qu’ils changent concrètement pour la prise en charge de votre parent.
3 signes physiques de démence qui précèdent parfois les troubles de mémoire
Avec l’âge, certains proches présentent des changements de comportements physiques. S’ils semblent sans lien avec un déclin cognitif, ils font pourtant partie des troubles moteurs et sensoriels des maladies apparentées à Alzheimer.
Une perte d’équilibre
Vous pensez que les chutes fréquentes, la démarche hésitante, le besoin de s’appuyer sur les meubles pour se déplacer sont liés à un problème articulaire ou une crise d’arthrose[1] ? Pas toujours… D’après les gériatres, ces déplacements hésitants illustrent une perte de capacité progressive du système nerveux central à coordonner les mouvements.
Un simple trajet jusqu’à la cuisine peut alors devenir un risque de chute, avec des conséquences parfois lourdes chez une personne âgée (fracture, hospitalisation, perte d’autonomie brutale).
Une démarche différente
Marcher normalement demande la coordination de plusieurs zones cérébrales : lobe frontal, noyaux gris centraux, cervelet, voies motrices. Or, un changement de démarche avec une rigidité, des pieds qui traînent, une posture voûtée, une marche qui ralentit sans raison évoque les symptômes de la maladie de Parkinson et la démence à corps de Lewy.
Les dépôts d’alpha-synucléine par les corps de Lewy touchent notamment le tronc cérébral et les noyaux gris centraux, les mêmes structures liées à la dopamine qui coordonnent le mouvement. Répété sur plusieurs mois, ce “faux” signe de vieillissement mérite un avis médical.
Perte d’odorat
Un autre trouble sensoriel aussi associé à la démence à corps de Lewy est lorsqu’une personne ne perçoit plus les odeurs comme le brûlé ou le gaz, ou qui ne distingue plus les saveurs.
Or, les conséquences sont dangereuses : un plat oublié sur le feu, une fuite de gaz non détectée, ou simplement une perte de plaisir à manger avec un risque de dénutrition progressive.
3 signes physiques d’une évolution plus avancée de la maladie
Contrairement aux trois signaux précédents, d’autres changements du quotidien que les familles ont parfois tendance à minimiser apparaissent généralement plus tard dans l’évolution de la maladie et officialisent une perte d’autonomie plus marquée.
Une déglutition difficile
Une toux pendant les repas, une lenteur inhabituelle pour avaler, un refus progressif de manger certains aliments… Ces signaux discrets indiquent souvent un trouble de la déglutition, ou dysphagie, typique d’une maladie de Parkinson.
Avaler est un geste moteur complexe coordonné par le tronc cérébral et le cortex. Dans les maladies neurodégénératives, les circuits nerveux qui commandent les muscles de la bouche et de la gorge se dégradent progressivement, ralentissant le geste et la coordination.
Le risque principal est la fausse route, lorsque des aliments ou des liquides passent dans les voies respiratoires. À répétition, elle peut provoquer des infections pulmonaires sérieuses et nécessite une vigilance à chaque repas.
L’incontinence urinaire
L’incontinence[2] peut apparaître au cours de l’évolution de certaines démences. Elle peut être liée à plusieurs facteurs, notamment les troubles cognitifs, les difficultés à se déplacer ou à accéder aux toilettes, certains médicaments ou encore des problèmes urinaires.

En plus de toucher à la dignité de la personne, l’incontinence non prise en charge complique l’hygiène quotidienne et alourdit sensiblement la charge de l’aidant, en particulier la nuit.
Les troubles du sommeil
Des mouvements brusques pendant le sommeil, des coups, des cris ou des paroles prononcées en dormant sont des troubles du comportement en sommeil paradoxal, une nouvelle fois associés à la démence à corps de Lewy.
Normalement, pendant le sommeil paradoxal, le tronc cérébral bloque le tonus musculaire pour empêcher de bouger pendant nos rêves. Dans la démence à corps de Lewy, l’alpha-synucléine s’accumule justement dans ces structures du tronc cérébral, déverrouillant le contrôle des mouvements. Or une personne qui bouge, parle ou donne des coups en dormant perturbe son propre repos, mais aussi celui de son proche aidant, avec un risque de blessure.
Comment réévaluer la prise en charge face à ces signes physiques ?
Lorsqu’ils s’accumulent, ces signes indiquent qu’il est temps de faire appel à des professionnels pour revoir l’organisation du quotidien.
Une consultation médicale
Avant toute chose, le médecin traitant reste le premier interlocuteur. Selon le trouble, son diagnostic vous orientera vers :
- Un bilan gériatrique ou neurologique pour les problèmes liés à l’équilibre, la marche ou le sommeil.
- Un bilan orthophonique pour évaluer précisément le mécanisme d’une difficulté à déglutir.
- Un avis médical pour écarter une cause traitable de l’incontinence (infection urinaire, effet secondaire d’un médicament) avant de conclure à une origine neurologique.
- Une consultation mémoire pour établir un bilan complet et identifier la forme de démence en cause.
Ce diagnostic conditionne les mesures et traitements les plus pertinents à mettre en place.
Une évaluation du quotidien

Un professionnel du SSIAD peut évaluer les risques concrets à domicile et proposer l’aide de professionnels pour sécuriser le parent.
- Pour l’équilibre et la marche, l’ergothérapeute peut recommander une canne, un déambulateur, des barres d’appui, la suppression des tapis.
- Pour la déglutition, l’orthophoniste évalue et prend en charge les difficultés de déglutition. Le diététicien peut adapter la texture des repas et l’alimentation aux besoins nutritionnels de la personne.
- Pour les troubles du sommeil paradoxal, l’idée est de sécuriser la chambre : matelas au sol ou lit éloigné des meubles, objets dangereux retirés, parfois des lits séparés temporairement, le temps qu’un avis neurologique soit posé.
- Pour l’incontinence, faciliter l’accès aux toilettes la nuit réduit aussi le risque de chute.
Cette évaluation permet aussi de vérifier les droits à l’APA pour financer une partie de l’aide nécessaire au maintien à domicile.
Un accompagnement renforcé
Dès lors que le nombre et la sévérité des signes observés s’ajoutent aux difficultés qui épuisent déjà l’aidant au quotidien, un accueil de jour, une aide à domicile plus présente, ou une entrée en établissement spécialisé peuvent devenir les solutions les plus sûres pour préserver à la fois la sécurité du malade et la santé de l’aidant.
Observer le corps d’un proche avec la même attention que sa mémoire est un bon réflexe. Plus vite un signe physique suspect est repéré, plus vous avez le temps de réfléchir à sa prise en charge, sans attendre qu’une chute ou une hospitalisation ne vous y contraignent. Ainsi, l’accompagnement s’organise au rythme des besoins de votre proche, selon les stades de la maladie, pour préserver sa qualité de vie le plus longtemps possible.
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[1] Arthrose
L’arthrose est une maladie des articulations où le cartilage s’use, causant douleur, raideur et difficulté à bouger les articulations, et qui touche principalement les personnes âgées.
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[2] Incontinence
L’incontinence est la difficulté à contrôler l’urine ou les selles, entraînant des fuites involontaires.
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