Depuis mars 2025, certains EHPAD[1] peuvent accueillir une personne âgée pour une seule nuit. Cet accueil de nuit est une solution de répit pour les aidants familiaux, qui ne les engage pas sur un séjour de plusieurs jours. Si l’expérimentation menée dans 6 régions s’avère encourageante, ce dispositif n’engage encore que 30 établissements, soit 47 places dédiées sur tout le territoire concerné. Pour les familles intéressées, trouver un accueil de nuit en EHPAD relève encore du parcours du combattant. Décryptage.
Accueil de nuit en EHPAD : un dispositif né de la loi Bien vieillir
L’accueil de nuit s’inscrit dans un cadre légal récent, pensé pour renforcer le droit au répit des proches aidants. Le principe reste proche de l’hébergement temporaire classique, avec quelques particularités propres à la prise en charge nocturne.
Un droit au répit des aidants
La loi du 8 avril 2024, dite loi Bien vieillir, permet aux agences régionales de santé (ARS) d’imposer aux EHPAD et résidences autonomie un quota minimal de places réservées à l’accueil de nuit. Ce service répond au besoin des aidants souhaitant souffler une nuit, sans devoir organiser un séjour complet ni culpabiliser de « placer » leur proche pour plusieurs jours.
Six régions en test
Selon le décret publié au Journal officiel le 10 mars 2025, l’expérimentation menée du 13 mars 2025 au 1er juin 2026 concerne 30 établissements dans les six régions suivantes : Bourgogne-Franche-Comté, Centre-Val de Loire, Corse, Normandie, Occitanie et Pays de la Loire. Soit 47 places dédiées à l’accueil de nuit au total.
Un rapport d’évaluation doit être remis au Parlement d’ici la fin de l’année, avec des recommandations sur une éventuelle généralisation à tout le territoire.
L’établissement éligible à l’accueil de nuit
Seuls les EHPAD ayant déjà une autorisation d’accueil temporaire ont pu participer directement à l’expérimentation. Les autres ont dû demander la transformation de places existantes.
Concrètement, l’accueil de nuit ne repose pas (encore) sur des places dédiées et financées à l’année : l’offre s’ajoute aux séjours de répit déjà en place, ce qui limite le nombre de nuitées disponibles.
Découvrir l’établissement

Au-delà du répit immédiat pour l’aidant, l’accueil de nuit profite à l’établissement en familiarisant la personne âgée avec la structure et le personnel de l’EHPAD avant une éventuelle entrée en hébergement permanent. Une nuitée test réduit l’appréhension et facilite la transition si un placement durable devient nécessaire.
Conditions d’admission et coût d’un accueil de nuit en établissement
Au-delà du cadre légal, plusieurs éléments pratiques déterminent qui peut bénéficier de l‘accueil de nuit et dans quelles conditions.
Les personnes en perte d’autonomie
Le dispositif cible les personnes de plus de 60 ans, en perte d’autonomie mesurée via la grille AGGIR, qu’elles vivent seules ou avec un aidant. Avant l’admission, l’EHPAD évalue les besoins du senior grâce aux informations transmises par les intervenants à domicile (infirmiers libéraux, aides-soignants). Ces éléments permettent à l’équipe de construire un document individuel de prise en charge, adapté à l’état de santé et aux habitudes de la personne.
90 nuits par an
Chaque bénéficiaire peut profiter de 90 nuits par an. Ce quota peut s’utiliser de deux façons :
- Une semaine complète, pendant les vacances de l’aidant ou une hospitalisation par exemple.
- Une à deux fois par semaine, pour soulager l’aidant sur la durée.

Durant l’accueil de nuit, le proche âgé intègre le programme d’une fin de journée en Ehpad :
- Arrivée en fin d’après-midi,
- Participation possible au dîner et aux animations,
- Installation dans une chambre sécurisée avec surveillance de l’équipe soignante toute la nuit,
- Retour au domicile après le petit-déjeuner, souvent via un transport adapté.
Le tarif d’un accueil de nuit
À ce stade, le modèle économique du dispositif n’est pas encore encadré au niveau national : le coût d’une nuitée reste, selon les établissements, inférieur au prix d’une journée complète en établissement et peut être partiellement couvert par l’APA ou l’ASH.
Le consentement obligatoire
La personne accueillie doit consentir à intégrer l’établissement, même si elle est sous protection juridique. En cas de refus catégorique alors que sa sécurité est gravement menacée, le mandataire peut saisir le juge des contentieux de la protection (ex-juge des tutelles).
Un référent unique au sein de l’EHPAD gère l’admission, coordonne les soins avec l’équipe dédiée et fait le lien avec les partenaires de santé du territoire.
Pourquoi l’accueil de nuit reste difficile à obtenir aujourd’hui ?
Bien qu’utile, le dispositif peine encore à se généraliser.
Le manque de places dédiées
Depuis fin 2025, la hausse des demandes d’entrée en EHPAD réduit les places disponibles pour de l’accueil de nuit. Pour y pallier, les professionnels du secteur proposent de financer des places spécifiquement réservées à l’année à ce type d’accueil, pour qu’elles ne soient jamais réaffectées à d’autres formes d’hébergement.
Le transport et la visibilité du dispositif
Au-delà de la disponibilité, deux autres obstacles ont été identifiés durant l’expérimentation :
- L’organisation du transport pour amener la personne âgée jusqu’à l’EHPAD le soir.
- Le manque de visibilité du dispositif auprès des professionnels de santé eux-mêmes, qui ne pensent pas toujours à l’évoquer auprès des familles.
Autrement dit, même si l’offre existe par endroits, les familles n’en ont pas toujours connaissance et restent freinées par l’organisation logistique.
Comment savoir si un EHPAD près de chez vous propose l’accueil de nuit ?
En pratique, il n’existe pas encore d’annuaire centralisé des établissements proposant ce service.
Contacter les établissements
Le plus efficace reste d’appeler les EHPAD de votre secteur (en priorité ceux situés dans les six régions concernées par l’expérimentation) et de demander explicitement s’ils disposent d’une place d’accueil de nuit ou, à défaut, d’un accueil temporaire mobilisable pour une seule nuitée. Comme les disponibilités changent régulièrement, mieux vaut contacter directement l’établissement.
Se tourner vers l’hébergement temporaire
Si aucun établissement proche ne propose l’accueil de nuit, l’hébergement temporaire de quelques jours ou un accueil de jour reste une alternative plus répandue pour pouvoir souffler sans attendre. En attendant les conclusions du rapport d’évaluation et une possible extension du dispositif, cette solution de répit reste la plus accessible pour la majorité des familles.
Source :
-
[1] EHPAD
Les EHPAD sont des établissements médicalisés qui accueillent des personnes âgées qui ont besoin de soins médicaux réguliers et d’une aide dans leur vie quotidienne.
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