La voiture, pour beaucoup de seniors, c’est bien plus qu’un moyen de transport. C’est l’autonomie, les visites aux petits-enfants, le marché du samedi, la liberté tout simplement. Quand un parent vit avec la maladie de Parkinson, la question de la conduite devient pourtant inévitable, et souvent douloureuse. Aborder le sujet trop tôt blesse, trop tard fait courir un risque réel. Voici comment trouver le bon moment et les bons mots, en s’appuyant sur le cadre légal et les conseils des neurologues.
Ce que dit la loi depuis l’arrêté du 28 mars 2022
L’arrêté du 28 mars 2022, paru au Journal Officiel le 3 avril 2022, fixe la liste des affections médicales incompatibles avec la conduite. La maladie de Parkinson y figure explicitement à l’article 4.4.5. Le principe est simple à comprendre : le diagnostic de Parkinson rend le permis incompatible avec la conduite jusqu’à l’avis d’un médecin spécialiste, puis le permis peut être déclaré compatible (avec ou sans aménagements), compatible temporairement, ou définitivement incompatible.
Concrètement, dès qu’une personne titulaire d’un permis apprend qu’elle est atteinte de la maladie, elle doit solliciter l’avis d’un médecin agréé par la préfecture. Ce médecin agréé s’appuie sur les éléments transmis par le neurologue traitant pour rendre sa décision. Il vérifie également que les traitements en cours sont compatibles avec la conduite, notamment ceux qui peuvent provoquer somnolence ou hypotension.
La Délégation à la Sécurité Routière a précisé un point important : c’est face à des symptômes incompatibles avec la conduite que le médecin se prononce, pas devant la simple existence de la pathologie. Autrement dit, un diagnostic récent ne signifie pas l’arrêt automatique de la conduite, mais il impose une évaluation médicale.

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Les signaux d’alerte à observer dans le quotidien
Avant même la visite chez le médecin agréé, l’entourage joue un rôle d’observation essentiel. Les neurologues du groupe SOFMA, qui ont publié en 2025 des recommandations destinées à aider à identifier les sur-risques liés à Parkinson, ont décrit un système simple en trois niveaux :
- feu vert (risque minime) ;
- feu orange (risque modéré nécessitant une évaluation détaillée, idéalement avec un test de conduite en conditions réelles) ;
- feu rouge (arrêt nécessaire).
Voici les signaux qui doivent alerter un proche :
- Le ralentissement des réactions : le parent met plus de temps à freiner, à céder le passage, ou à enclencher la marche arrière.
- Les tremblements gênants : un tremblement d’action qui rend imprécis le geste de tourner le volant ou de manipuler le levier de vitesse.
- Les troubles visuels : difficulté à interpréter les feux de signalisation, à juger les distances, à se repérer dans les ronds-points.
- La somnolence diurne : endormissements soudains, en particulier sur autoroute. Les médicaments dopaminergiques (L-Dopa, agonistes) sont fréquemment en cause.
- Les troubles cognitifs : difficultés d’orientation, oubli d’itinéraires connus, jugement plus lent face aux imprévus.
- Les petits accrochages répétés : rayures sur les portières, rétroviseurs accidentés, accrochages sur un parking. Ces signes du quotidien valent souvent mille discussions.
- L’incapacité à stationner ou reculer sereinement, alors que ces gestes étaient maîtrisés.
Important : ces signaux doivent être discutés avec le neurologue et le médecin traitant. Cet article ne remplace pas un avis médical individualisé.
Comment en parler sans braquer ?
Le sujet de la conduite touche à l’identité, à la dignité, à la peur de devenir un poids. Quelques principes éprouvés par les associations de patients aident à entrer dans la discussion sans braquer.
Adopter une approche progressive
N’attendez pas un événement grave pour aborder le sujet. Profitez d’un trajet partagé, calme, où vous avez constaté un signe, pour ouvrir la conversation. Évitez les « il faut qu’on parle » solennels qui mettent immédiatement sur la défensive. Préférez une question ouverte : « papa, tu sens des différences quand tu conduis depuis quelques mois ? » La parole circule mieux quand elle part de l’expérience vécue par la personne elle-même.
Faire du médecin traitant un allié
La parole médicale a une autorité particulière qui désamorce les conflits familiaux. Lors d’une consultation, demandez à votre parent l’autorisation d’évoquer la conduite avec le médecin. Le médecin traitant peut orienter vers le neurologue, qui transmettra à son tour les éléments cliniques au médecin agréé préfectoral. Ce circuit officiel protège tout le monde : votre parent y trouve une décision médicale objective, vous évitez la posture du proche qui « interdit » de conduire.
Proposer un test de conduite plutôt qu’un verdict
Les centres experts Parkinson proposent des bilans de conduite avec mise en situation.
Certains centres de rééducation routière (ECF, organismes labellisés) réalisent des évaluations sur véhicule adapté. Plutôt que d’imposer un arrêt, suggérez ce bilan comme une « évaluation de sécurité », neutre, qui peut conclure à la poursuite de la conduite avec quelques aménagements (boîte automatique, conduite limitée le jour, en zone connue, sur courtes distances).

Préparer les alternatives avant la décision
Rien n’est plus difficile que d’annoncer la fin de la conduite sans solution de rechange. Avant la discussion, identifiez les options de mobilité locales : transport à la demande, navettes seniors municipales, taxi conventionné par l’assurance maladie pour les personnes en perte d’autonomie, services de transport accompagné (associations type Mona Lisa, Croix-Rouge sur roues). Présenter ces alternatives transforme la conversation : on ne perd pas l’autonomie, on en gagne une autre.
Tableau récapitulatif : feux vert, orange, rouge
| Niveau | Situation | Action recommandée |
|---|---|---|
| Feu vert | Diagnostic récent, symptômes moteurs légers, pas de somnolence, pas de troubles cognitifs | Consultation médecin agréé, possible compatibilité avec ou sans aménagement |
| Feu orange | Tremblements gênants, lenteur des réactions, somnolence sous traitement, petits accrochages | Bilan de conduite en centre spécialisé, ajustement traitement par neurologue |
| Feu rouge | Endormissements au volant, troubles cognitifs marqués, accident récent, hallucinations | Arrêt de la conduite, démarches pour permis incompatible, alternatives mobilité |
Les alternatives de mobilité à explorer
L’arrêt de la conduite ne doit pas signifier l’enfermement à domicile. Plusieurs solutions, souvent méconnues, existent dans la plupart des départements français.
- Le transport à la demande (TAD) : géré par les intercommunalités ou les régions, il propose des trajets à tarif réduit pour les seniors.
- La carte mobilité inclusion (CMI) : avec la mention « stationnement » ou « priorité », elle facilite l’usage des transports en commun et des places réservées.
- Les services de transport accompagné : associations qui proposent un chauffeur bénévole ou salarié, accompagnement du domicile à la consultation.
- Le taxi conventionné : remboursé par l’Assurance maladie pour les rendez-vous médicaux liés à une ALD (la maladie de Parkinson est une affection longue durée exonérante).
- La prestation de compensation du handicap (PCH) : peut prendre en charge certains trajets réguliers liés à la perte d’autonomie, hors transports médicaux déjà remboursés par l’Assurance maladie.
- La téléassistance et la livraison à domicile : pour réduire les déplacements indispensables.
Pensez aussi à informer votre assureur. Une déclaration de la maladie peut être exigée selon les contrats. Et en cas d’accident sans avis du médecin agréé alors que la conduite était incompatible, l’assureur peut refuser la prise en charge.
Foire aux questions
Mon parent doit-il déclarer sa maladie à la préfecture ?
L’arrêté du 28 mars 2022 prévoit que la personne sollicite elle-même l’avis d’un médecin agréé dès qu’elle a connaissance de l’affection. Ce n’est pas une « déclaration » au sens administratif, c’est une démarche médicale obligatoire pour conserver un permis valide. Le neurologue est l’interlocuteur de référence pour engager la procédure.
Le médecin traitant peut-il interdire la conduite ?
Non, le médecin traitant ne peut pas retirer le permis. Seul le médecin agréé par la préfecture (ou la commission médicale départementale) rend un avis officiel. Le médecin traitant joue cependant un rôle clé d’alerte et d’orientation, en lien avec le neurologue.
Que risque mon parent s’il continue à conduire sans avis médical ?
Conduire avec une affection médicale rendant le permis incompatible expose à un défaut d’assurance en cas d’accident. L’assureur peut refuser la garantie, laissant la personne et sa famille assumer financièrement les dommages causés. C’est l’argument le plus dissuasif à présenter calmement.
Existe-t-il des aménagements possibles du véhicule ?
Oui. Une boîte automatique, un volant assisté, des aides à la marche arrière (caméras, capteurs), une limitation à la conduite de jour, en zone connue, sur courtes distances : autant de pistes que le médecin agréé peut valider. Le test de conduite en centre spécialisé permet d’objectiver les capacités résiduelles.
Comment trouver un médecin agréé dans mon département ?
La liste des médecins agréés est publiée sur le site de la préfecture de chaque département, rubrique « permis de conduire » ou « santé ». Le neurologue de votre parent connaît également les confrères agréés. La consultation n’est pas remboursée par l’Assurance maladie, comptez entre 36 et 50 euros selon le département.
✅ Article relu par l’équipe éditoriale avec le concours d’un contributeur expert médico-social chez Cap Retraite. Son expérience de terrain et sa connaissance des dispositifs d’aide et d’accompagnement permettant d’apporter un regard fiable et pertinent aux lecteurs.
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