Selon l’étude 2024 de la Drees, en 2022, 12 % des personnes accueillies dans les établissements et services médico-sociaux avec un handicap avaient plus de 60 ans, contre 3 % en 2006. Sur la même période, la Cour des comptes a constaté une hausse de 55 % du nombre de bénéficiaires de l’AAH de plus de 50 ans. Face aux besoins spécifiques qui en découlent, vers quelles solutions adaptées les familles peuvent-elles se tourner pour prendre en charge et anticiper la perte d’autonomie d’une personne handicapée vieillissante ?

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Personne handicapée vieillissante : les oubliés des pouvoirs publics ?

Chez une personne en situation de handicap, les effets du vieillissement (fatigue accrue, perte de facultés, ralentissement) peuvent apparaître dès 40 ou 45 ans. Or, il semblerait que la société n’ait pas les ressources pour répondre aux besoins et à l’accompagnement nécessaires.

Un manquement mal mesuré

En juin 2026, Delphine Bonal, directrice de l’action sociale et solidaire à la fondation Maison des champs, a rappelé le manque d’anticipation du vieillissement des personnes handicapées par les politiques publiques : les formations des soignants et des éducateurs restent insuffisantes pour répondre à des besoins spécifiques qui apparaissent parfois dès 40 ans.

Ce manque de prise en compte des besoins, des envies, de l’adaptation du parcours de vie des personnes âgées en situation de handicap se reflète jusque dans les chiffres eux-mêmes : au-delà des statistiques disponibles, la réalité du terrain reste difficile à mesurer précisément, les personnes handicapées vieillissantes n’étant souvent plus comptabilisées comme telles une fois l’âge de la retraite atteint.

accompagner un proche en situation de handicap dépendant

Le handicap vs le grand âge 

Ce cloisonnement se traduit par plusieurs blocages concrets :

  • Les structures handicap et les structures grand âge fonctionnent sans réelle coordination, même quand elles accompagnent les mêmes personnes.
  • Les services d’accompagnement à la vie sociale (SAVS) perdent leur droit d’intervention une fois la personne admise en EHPAD[1], ce qui interrompt un suivi jusque-là assuré.
  • Les équipes soignantes et éducatives d’un secteur restent peu formées aux enjeux de l’autre secteur.
  • La coordination entre départements et ARS, censée impulser ce rapprochement, reste encore rare et récente.

Si certains départements commencent à intégrer une obligation de formation au vieillissement du handicap dans leurs CPOM (contrats pluriannuels d’objectifs et de moyens), cette pratique reste encore isolée.

Les solutions pour accompagner un proche handicapé qui vieillit

Pour prendre en charge une personne handicapée vieillissante, les familles doivent combiner ou faire évoluer plusieurs pistes selon le degré de dépendance[2], le type de handicap et les souhaits de votre proche.

Le maintien à domicile

La première option à mettre en place est le maintien à domicile : adaptation du logement, intervention d’un auxiliaire de vie formé, financement via la PCH (prestation de compensation du handicap) ou l’APA selon l’âge d’entrée dans le handicap. Cette solution doit toutefois rester tenable pour l’aidant.

Les dispositifs de répit 

En complément du maintien à domicile, l’aidant doit s’accorder des solutions de répit : 

  • Accueil de jour,
  • Accueil de nuit,
  • Hébergement temporaire,
  • Congé de proche aidant (AJPA).

Ces dispositifs qui accueillent le parent d’une nuit à plusieurs jours dans un établissement pour personnes âgées, apportent du répit à l’aidant quand le besoin se fait sentir, avant d’envisager un changement définitif et évitent souvent une décision prise dans l’urgence.

Les foyers de vie et structures spécialisées 

Lorsque le maintien à domicile atteint ses limites, la famille peut déléguer la prise en charge du proche en situation de handicap envers des structures d’accompagnement adaptées au handicap :

  • Les foyers de vie senior accueillent des personnes handicapées encore relativement autonomes, sans prise en charge médicale lourde : l’accompagnement y reste éducatif et social.
  • Le FAM (foyer d’accueil médicalisé) s’adresse à des profils nécessitant une surveillance médicale partielle, avec une équipe soignante présente mais pas en continu. 
  • La MAS (maison d’accueil spécialisée) prend en charge les handicaps les plus lourds, avec un encadrement médical permanent. 

L’orientation vers l’une de ces structures se décide en commission CDAPH, sur proposition de la MDPH, souvent des années avant que le passage en EHPAD ne devienne nécessaire.

habitats pour personne handicapée en perte d'autonomie

Certains établissements créent aussi des unités de vie spécialisées, intégrées à un foyer existant mais dédiées aux résidents vieillissants, pour éviter une rupture brutale de cadre de vie.

Quant aux résidences autonomie, pensées pour des seniors autonomes, elles acceptent néanmoins, à titre exceptionnel et selon des politiques d’admission locales, des personnes handicapées vieillissantes.

L’habitat inclusif 

Moins connu des familles, l’habitat inclusif regroupe plusieurs logements individuels (location classique, bail nominatif) autour d’espaces de vie partagés, avec un projet de vie sociale animé par un porteur de projet (association, bailleur social).

Contrairement à l’EHPAD ou au FAM, il n’y a pas d’équipe soignante sur place : les résidents mutualisent un service d’auxiliaires de vie, financé notamment par l’aide à la vie partagée (AVP), versée par le département. C’est une solution pour une personne autonome mais qui ne peut plus, ou ne veut plus, vivre totalement seule.

L’offre reste inégale selon les territoires, avec parfois des listes d’attente.

L’accueil familial 

Pour un cadre plus intime qu’un établissement collectif, le proche peut vivre chez un accueillant familial. Après une enquête sociale portant sur le logement et la capacité de l’accueillant à accompagner la personne, l’accueil familial repose sur un contrat de gré à gré entre l’accueillant et la famille, qui fixe :

  • une rémunération incluant un salaire,
  • une indemnité d’entretien
  • un loyer pour la chambre mise à disposition (9 m² minimum).

Un accueillant peut recevoir jusqu’à trois personnes simultanément (quatre par dérogation pour un couple). À titre temporaire ou durable, cette option d’hébergement (entre le maintien à domicile et l’entrée en structure) suppose une compatibilité réelle entre l’accueillant et la personne accueillie.

L’EHPAD 

Quand l’accompagnement médical requis dépasse ce que le domicile ou les structures adaptés au handicap peuvent offrir, l’EHPAD pour une personne handicapée vieillissante reste la solution la plus médicalisée et sécurisée. Si votre proche a moins de 60 ans, la famille peut alors joindre une dérogation d’âge (demande à faire auprès du Conseil et de la MDPH) au dossier d’admission.

LIRE AUSSI : quand chercher une maison de retraite pour une personne handicapée vieillissante ?

Comment sécuriser l’avenir de votre proche handicapé vieillissant ?

Au-delà du choix d’un cadre de vie, deux leviers sont indispensables pour sécuriser durablement la suite.

Anticiper l’absence d’aidant 

Qui prendra le relais lorsque l’aidant ne pourra plus assumer ce rôle ? Pour organiser une transition en douceur, pensez aux mesures de protection juridiques telles que :

Impliquer la fratrie ou d’autres proches dans un conseil de famille, même informel, évite souvent des ruptures de parcours brutales, notamment quand l’aidant vieillit à son tour, ou lors de situations d’urgence comme une hospitalisation imprévue ou le décès du parent aidant.

Les aides financières 

L’APA (à partir de 60 ans), la PCH, l’AAH, l’ASH  peuvent s’appliquer selon l’âge d’entrée dans le handicap et le lieu de vie (domicile ou établissement), sous conditions de ressources et de taux d’incapacité.

Pour optimiser et cumuler ses aides de la bonne façon, un point avec une assistante sociale ou un conseiller spécialisé évite les mauvaises surprises.

La solution pour s’occuper d’un parent vieillissant en situation de handicap il y a cinq ans ne sera peut-être plus la bonne aujourd’hui ou demain… Trouver et anticiper les meilleures options pour le futur permet à votre proche de continuer à vivre dans un cadre qui lui correspond vraiment.

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Cindy,Cindy, rédactrice chez Cap Retraite et experte en communication. Elle crée des contenus humains et accessibles dédiés au bien-vieillir et aux aidants.

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