La question du financement des maisons de retraite pour nos parents âgés est un sujet délicat qui touche de nombreuses familles françaises. Entre obligations légales et considérations éthiques, les enfants se retrouvent souvent tiraillés. Alors que les coûts des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) ne cessent d’augmenter, beaucoup se demandent s’il est possible de refuser de payer. Examinons les tenants et aboutissants de cette situation complexe.
Le cadre légal de l’obligation alimentaire en France
En France, la loi est claire : les descendants ont une obligation alimentaire envers leurs ascendants dans le besoin. Cette disposition, ancrée dans le Code civil aux articles 205 à 207, s’étend au-delà des enfants biologiques. Elle concerne :
- Les petits-enfants
- Les enfants adoptés (envers leurs parents adoptifs et parfois envers les parents biologiques, selon le type d’adoption)
- Les gendres et belles-filles (sauf en cas de divorce, ou de décès du conjoint s’il n’existe pas d’enfant né de l’union encore en vie.)
Concrètement, si vos parents n’ont pas les moyens de financer leur séjour en maison de retraite, vous pourriez être légalement tenu de contribuer. Cette obligation peut sembler pesante, surtout dans un contexte économique tendu où chacun doit déjà jongler avec ses propres charges.
Bon à savoir : l’entrée d’un parent en EHPAD[1] n’oblige pas automatiquement ses enfants à payer une partie de la facture. L’obligation alimentaire intervient lorsque le parent ne dispose pas de ressources suffisantes pour couvrir ses besoins. La participation éventuelle de chaque enfant dépend ensuite de ses propres ressources et charges. En cas de désaccord, le juge aux affaires familiales peut fixer le montant de la contribution.

Dans quels cas peut-on refuser de payer ou être dispensé de l’obligation alimentaire ?
Heureusement, la loi prévoit des exceptions. Il est possible de se soustraire à l’obligation alimentaire dans certains cas spécifiques. Voici les principales situations où un refus peut être envisagé :
1. Difficultés financières de l’enfant
Vos propres ressources sont prises en compte (article 208 du Code civil). Si vous avez des revenus irréguliers ou faibles, vous pouvez être exempté de cette obligation. Le juge évaluera votre situation au cas par cas.
2. Problèmes de santé importants
Si vous faites face à des problèmes de santé conséquents, nécessitant des dépenses importantes, cela peut être pris en compte pour alléger ou supprimer votre contribution.
3. Manquements graves du parent
Si votre parent a gravement failli à ses devoirs parentaux, vous pouvez demander à être déchargé de l’obligation alimentaire. Cela peut inclure des cas de :
- Violence physique ou psychologique
- Abandon
- Négligence grave
Il faudra cependant apporter des preuves solides de ces manquements devant le juge aux affaires familiales.
4. Retrait de l’autorité parentale
Si votre parent a été déchu de ses droits parentaux par décision de justice, vous n’êtes plus tenu à l’obligation alimentaire, sauf disposition contraire dans le jugement de retrait (articles 378 à 379 du Code civil).
Cette situation est rare mais peut se produire en cas de comportements particulièrement graves :
- crime ou agression sexuelle incestueuse envers l’enfant concerné,
- crime ou violence contre l’autre parent,
- mauvais traitements,
- consommation de substances et autres conduites délictueuses mettant l’enfant en danger…
5. Retrait du milieu familial
Si vous avez été retiré de votre milieu familial par décision judiciaire pendant au moins 36 mois cumulés au cours des 18 premières années de votre vie, vous pouvez être exonéré de l’obligation alimentaire.
Autrement dit, vous pourrez refuser de payer pour la maison de retraite de vos parents (article L. 132-6 du Code de l’action sociale et des familles). Attention, là aussi, le juge aux affaires familiales peut néanmoins rendre une décision contraire.
6. Les pupilles de l’État
Autre cas de dispense de l’obligation alimentaire, sauf décision judiciaire contraire :
- vous avez reçu le statut de pupille de l’État (après abandon par vos parents biologiques, par exemple) et
- vous avez été élevés par l’aide sociale à l’enfance jusqu’à la fin de leur scolarité obligatoire.
Cette exonération est levée, si vous êtes retourné chez vos parents et qu’ils ont remboursé le département (article L. 228-1 du Code de l’action sociale et des familles).
7. Le cas particulier de l’adoption
Dans le cadre d’une adoption plénière, l’enfant adopté n’a plus aucune obligation alimentaire à l’égard de ses parents biologiques.
En revanche, dans le cadre d’une adoption simple, il n’est exempté envers ses parents biologiques que s’il est dans l’un des cas cités plus haut (pupille de l’État, retrait du milieu familial…)
Cas d’exonération | Description | Références légales |
|---|---|---|
Difficultés financières de l’enfant | Faibles ressources financières | Article 208 du Code civil |
Manquements graves du parent | Actes graves tels que violence ou abandon | Article 207 du Code civil |
Retrait de l’autorité parentale | Déchéance judiciaire des droits parentaux | Articles 378-379 du Code civil |
Retrait du milieu familial | Retrait judiciaire prolongé pendant l’enfance | Article L.132-6 du CASF |
Pupilles de l’État | Statut de pupille élevé par l’ASE jusqu’à la fin de la scolarité | Article L.228-1 du CASF |
Adoption plénière | Rupture définitive du lien avec les parents biologiques | Article 356 du Code civil |
Comment contester une obligation alimentaire ou le montant demandé ?
Une personne sollicitée au titre de l’obligation alimentaire peut contester le principe de sa participation ou le montant demandé. En cas de désaccord, le juge aux affaires familiales (JAF) peut être saisi. Il tient notamment compte des besoins du parent et des ressources et charges de l’obligé alimentaire pour fixer, réduire ou supprimer sa contribution.
Dans certains cas, si l’obligé alimentaire démontre qu’il ne peut pas payer la pension, le juge peut également prévoir qu’il accueille, nourrisse et entretienne son parent à son domicile. Cette possibilité, prévue par l’article 210 du Code civil, reste appréciée en fonction de la situation.
Les démarches dépendent notamment de l’origine de la demande :
- Contester une décision prise dans le cadre de l’ASH : un recours administratif préalable peut être adressé à l’auteur de la décision, généralement le président du conseil départemental. Cette démarche est nécessaire avant d’engager, le cas échéant, un recours contentieux contre la décision d’aide sociale.
- Contester l’obligation alimentaire ou la contribution individuelle : le JAF est compétent pour fixer la dette alimentaire de chaque personne concernée et peut, dans certains cas, accorder une dispense totale ou partielle. Le département peut également saisir le juge lorsque l’obligation alimentaire intervient dans le cadre de l’ASH.
- Constituer le dossier : il convient de réunir les justificatifs utiles à la contestation : revenus, charges, composition du foyer et, lorsqu’une dispense est demandée en raison de manquements graves du parent, décisions de justice, témoignages ou autres éléments permettant d’établir la situation.
- Présenter la situation au juge : le JAF examine les éléments fournis avant de fixer ou de modifier la contribution. L’assistance d’un avocat n’est pas obligatoire pour une demande concernant l’obligation alimentaire envers un ascendant, même si elle peut être utile dans les situations complexes.
LIRE AUSSI : Conseils de Cap Retraite sur l’obligation alimentaire
Que se passe-t-il en cas d’impayés ?
Si personne dans la famille n’est en mesure de régler les frais d’hébergement, la maison de retraite peut directement engager des poursuites. Elle devra alors :
- Prouver qu’elle a tout mis en œuvre pour obtenir le paiement.
- Saisir le juge des affaires familiales.
- Demander le recouvrement des sommes dues.
Cette situation peut être particulièrement stressante pour les familles et il est préférable de l’anticiper en explorant toutes les options disponibles en amont.
Répartition du paiement entre les enfants et proches
Lorsque plusieurs enfants sont concernés, la contribution de chacun n’est pas nécessairement égale. La répartition se fait généralement au prorata des revenus de chaque enfant, en tenant compte de :
- Leurs ressources financières
- Leurs charges familiales
- Leur état de santé
En cas de désaccord entre les enfants sur cette répartition, le juge des affaires familiales peut intervenir pour fixer la part de chacun.
Ex-beaux-parents
Si votre conjoint est décédé, vous n’êtes plus tenu à l’obligation alimentaire envers vos ex-beaux-parents, à condition de ne pas avoir d’enfant né de cette union encore en vie. Cette disposition peut soulager de nombreuses personnes se trouvant dans cette situation délicate.
Petits-enfants et ASH
En 2024, la loi « Bien vieillir » a introduit des modifications importantes concernant l’obligation alimentaire envers les aînés. Désormais, les petits-enfants ne sont plus tenus de particper dans le cadre d’une demande d’aide sociale à l’hébergement (ASH) par leurs grands-parents (article L132.6 du CASF). Cette avancée vise à alléger le fardeau financier des plus jeunes générations, tout en renforçant le soutien aux personnes âgées par d’autres moyens.
Cette loi n’annule cependant pas entièrement l’obligation alimentaire des enfants à l’égard de tous leurs ascendants dans le besoin (y compris les grands-parents), énoncée dans l’article 205 du Code civil.
En principe, si les petits-enfants refusent d’aider un grand-parent qui en fait la demande et se tourne directement vers le juge aux affaires familiales, celui-ci pourrait exiger une participation. On parle ici d’une situation dans laquelle il n’y a pas de demande d’aide sociale, mais d’une demande directe auprès des descendants. La décision appartient au juge, qui tiendra compte de la situation spécifique de la famille.
Bon à savoir : les contributions financières versées à un parent en maison de retraite peuvent être partiellement déduites de l’impôt[2] sur le revenu, sous certaines conditions. La somme déductible dépend du montant versé et de la situation financière de celui qui la verse. Cette mesure vise à alléger l’impact fiscal de l’obligation alimentaire pour les familles qui soutiennent leurs proches âgés .
Les aides sociales : une alternative à explorer
Face aux difficultés financières des familles, les pouvoirs publics ont mis en place des aides sociales. L’aide sociale à l’hébergement (ASH) est particulièrement pertinente dans ce contexte. Pour en bénéficier :
- Adressez-vous au Centre Communal d’Action Sociale (CCAS[3]) de votre département.
- Fournissez les justificatifs prouvant votre situation financière, tels que des avis d’imposition ou relevés bancaires.
- Le dossier sera examiné et l’aide attribuée selon vos ressources.
Cette aide peut soulager considérablement le fardeau financier des familles, tout en assurant une prise en charge digne pour les parents âgés. Attention, elle est récupérable sur la succession du bénéficiaire.


En définitive, bien que la loi française impose une obligation alimentaire envers les parents, des exceptions existent pour protéger les enfants de situations injustes. Si vous vous trouvez dans l’impossibilité de payer la maison de retraite de vos parents, n’hésitez pas à explorer toutes les options légales et sociales à votre disposition. Une consultation avec un avocat spécialisé peut s’avérer précieuse pour naviguer dans ces eaux troubles et trouver la meilleure solution pour votre famille.
Tableau récapitulatif : comment refuser de payer l’EHPAD des parents ?
Le tableau ci-dessous synthétise toutes les informations essentielles pour vous aider à mieux comprendre vos obligations et vos options.
Situation | Peut-on refuser de payer ? | Que faire ? |
|---|---|---|
Le montant demandé paraît trop élevé | Oui, il peut être contesté | Demander le détail du calcul et faire valoir ses ressources et charges |
Un frère ou une sœur refuse de payer | Sa part ne se reporte pas automatiquement sur les autres | La contribution de chacun peut être fixée séparément |
Le parent a gravement manqué à ses obligations | Une dispense peut être demandée | Produire les justificatifs et saisir le JAF si nécessaire |
Le département réclame une participation dans le cadre de l’ASH | La demande peut être contestée | Distinguer la contestation de l’ASH de celle de l’obligation alimentaire |
L’enfant n’a pas les moyens de payer | La contribution peut être réduite ou nulle | Faire valoir ses revenus, charges et situation familiale |
Aucun accord n’est trouvé | Le refus ne règle pas le litige | Le JAF peut fixer la participation ou prononcer une dispense |
Questions fréquentes
Suis-je obligé de payer l’EHPAD si mon parent a de l’épargne ?
Pas nécessairement. L’obligation alimentaire suppose que le parent soit dans le besoin. Ses revenus, mais aussi sa situation patrimoniale, peuvent être pris en compte pour apprécier ce besoin. Toutefois, la présence d’une épargne n’exclut pas automatiquement la participation des enfants. En cas de désaccord, le juge apprécie la situation du parent et les ressources de chaque obligé alimentaire.
Que se passe-t-il si un frère ou une sœur refuse de payer l’EHPAD ?
Le refus d’un enfant ne signifie pas que les autres doivent automatiquement payer sa part. Chaque obligé alimentaire contribue en fonction de ses propres ressources et charges. En cas de désaccord, le juge aux affaires familiales peut fixer la participation de chacun.
Doit-on payer la même somme que ses frères et sœurs pour l’EHPAD d’un parent ?
Non. Les frais ne sont pas nécessairement répartis à parts égales entre les enfants. Celui qui dispose de revenus importants peut être amené à contribuer davantage qu’un frère ou une sœur ayant des ressources modestes ou des charges familiales élevées.
Peut-on refuser de payer l’EHPAD d’un parent avec lequel on n’a plus de relations ?
Une simple rupture des relations familiales ne suffit généralement pas à supprimer l’obligation alimentaire. En revanche, un enfant peut demander à en être déchargé si le parent a gravement manqué à ses obligations à son égard, notamment en cas d’abandon ou de violences. Le juge apprécie alors la situation et les preuves fournies.
La loi « Bien Vieillir annule-t-elle l’obligation alimentaire pour les petits-enfants ?
La loi d’avril 2024 « Bien Vieillir » exempte effectivement les petits-enfants de fournir une aide à leur grand-parent faisant une demande d’aide sociale à l’hébergement. Attention l’obligation alimentaire demeure dans le cadre d’une demande directe.
-
[1] EHPAD
Les EHPAD sont des établissements médicalisés qui accueillent des personnes âgées qui ont besoin de soins médicaux réguliers et d’une aide dans leur vie quotidienne.
-
[2] Impôt
L’impôt est une somme d’argent que les citoyens et les entreprises paient régulièrement au gouvernement. Cet argent est utilisé pour financer des services publics comme les écoles, les routes, et…
-
[3] CCAS
Le CCAS est un organisme local qui aide les habitants en difficulté, notamment les personnes âgées, en leur offrant des services sociaux et des aides financières.
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Bonjour, ma maman rentre en ephad mais ses revenus ne suffiront pas à tout financer.
Mon épouse et moi même avons de faibles revenus (travailleur indépendant) mais un peu d’épargne mobilière. Cette dernière est -elle prise en compte pour la répartition des parts lorsque l’on demande des aides ou seul l’avis d’imposition compte ? merci pour votre retour
Bonjour
Je vous remercie pour votre commentaire.
En tant qu’obligé alimentaire, l’évaluation de votre participation aux frais d’EHPAD de votre maman dépend des critères d’attribution propres à chaque Conseil départemental ou organisme d’aide, qui examinent généralement l’ensemble de votre situation financière et patrimoniale et non pas uniquement votre seul avis d’imposition, sans que l’on puisse prédire avec certitude le poids exact qui sera accordé à votre épargne mobilière.
Bonne journée.
Amandine