L’animation en EHPAD a longtemps été perçue comme une couche de divertissement plaquée sur le quotidien des résidents : un loto le mardi, un chant choral le jeudi, un anniversaire collectif une fois par mois. Depuis une dizaine d’années, le regard change. Les thérapies non médicamenteuses ne sont plus considérées comme du loisir, mais comme des interventions cliniquement utiles, recommandées par la Haute Autorité de santé pour accompagner la maladie d’Alzheimer[2] et les troubles apparentés. La Fondation Médéric Alzheimer a même renouvelé en 2026 son appel à projets dédié, avec un budget de 300 000 euros. Voici le panorama de ce qui marche, ce qui se déploie réellement, et ce qu’il faut regarder de près lors d’une visite d’établissement.

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Pourquoi la HAS recommande les thérapies non médicamenteuses

La Haute Autorité de santé recommande depuis ses travaux sur la maladie d’Alzheimer que les interventions non médicamenteuses soient utilisées en première intention dans la prise en charge des troubles du comportement (agitation, anxiété, apathie, troubles du sommeil). 

L’objectif est double : 

  • apaiser la personne malade sans avoir recours systématiquement à des psychotropes (souvent mal tolérés à un âge avancé), 
  • préserver le lien social, la dignité, les capacités résiduelles.

Le traitement global associe activité physique adaptée et contrôle des facteurs cardiovasculaires, rééducation orthophonique, interventions non médicamenteuses (art-thérapie[3], musicothérapie, danse), protection juridique et information du patient comme des aidants. 

Aucun médicament aujourd’hui disponible ne suffit à lui seul à freiner l’évolution de la maladie ; l’environnement et les stimulations jouent un rôle réel.

bienfaits de l'art thérapie pour un senior atteint d'alzheimer en ehpad

L’art-thérapie : l’expression quand les mots manquent

L’art-thérapie utilise le dessin, la peinture, le collage, le modelage ou la photographie comme support d’expression et de relation. Elle n’a pas pour but de produire une œuvre, mais d’ouvrir un espace où la personne malade peut se montrer, choisir une couleur, raconter sans mots, accueillir une émotion.

Les effets documentés portent sur la qualité de vie, les interactions sociales, l’humeur et la diminution des symptômes psychologiques associés à la maladie (anxiété, repli, irritabilité). Une séance dure généralement 45 minutes à une heure, en petit groupe de 4 à 6 résidents ou en individuel, animée par un art-thérapeute formé.

Concrètement dans un EHPAD, l’art-thérapie se traduit par une salle dédiée, du matériel de qualité (peintures, papiers, terre, tablettes graphiques parfois), et surtout un professionnel formé qui sait observer ce que la création révèle. C’est ce dernier point qui fait la différence entre une vraie séance d’art-thérapie et un atelier dessin animé par un agent non formé.

La musicothérapie : la voie royale chez Alzheimer

La musicothérapie est l’une des interventions non médicamenteuses les mieux documentées dans la maladie d’Alzheimer. La mémoire musicale et émotionnelle est en effet préservée plus longtemps que la mémoire des faits ou des visages : un résident qui ne reconnaît plus ses enfants peut encore chanter les paroles d’une chanson de son adolescence.

Deux techniques coexistent : 

  • La musicothérapie réceptive repose sur l’écoute de musiques choisies en fonction de l’histoire de vie de la personne (radios des années 1950-60, chansons d’enfance, musique sacrée selon les cultures). 
  • La musicothérapie active engage le résident dans la production sonore : chant, percussion, manipulation d’instruments simples (kalimba, tambourin, métallophone).

Les effets observés : apaisement immédiat dans les phases d’agitation, réveil mémoriel et émotionnel, restauration de l’expression verbale chez certains résidents pourtant en mutisme, amélioration du sommeil quand la séance se tient en fin d’après-midi. 

La musicothérapie figure parmi les interventions explicitement citées par la Fondation Médéric Alzheimer dans ses guides pratiques 2023-2026.

atelier de musicothérapie en ehpad

La médiation animale : le pouvoir du toucher

L’arrivée d’un chien éduqué pour le travail thérapeutique, d’un lapin, d’un cochon d’Inde ou même de poules dans un poulailler implanté au sein de l’établissement modifie le climat émotionnel d’un EHPAD. Le contact avec l’animal sollicite plusieurs sens à la fois (toucher, vue, ouïe, odorat) et active des zones cérébrales que la conversation classique ne mobilise plus.

Les bénéfices documentés concernent la réduction de l’anxiété, de l’agitation et de l’agressivité, la stimulation de la mémoire et de la motricité, et un effet positif sur le système cardiovasculaire (légère baisse de la tension artérielle observée pendant les séances). La médiation animale renforce aussi les liens entre résidents, familles et soignants : l’animal devient un sujet de conversation partagée, un prétexte naturel à se rapprocher.

Attention toutefois aux conditions pratiques : l’animal doit être éduqué et soigné par un professionnel formé (vétérinaire référent, traçabilité sanitaire), l’établissement doit gérer les allergies et les phobies, et toutes les personnes ne sont pas réceptives. La médiation animale fonctionne mieux dans les stades légers à modérés de la maladie d’Alzheimer.

Snoezelen : la stimulation multisensorielle apaisante

La méthode Snoezelen, née aux Pays-Bas, propose un environnement multisensoriel doux dans une pièce dédiée. Lumières tamisées, fibres optiques, projections murales, fauteuil vibrant, parfums diffusés, musique d’ambiance, jouets sensoriels à manipuler : tout est pensé pour réduire la stimulation cognitive habituelle et offrir une expérience sensorielle directe, sans exigence de performance.

Chez les résidents atteints d’Alzheimer ou de troubles apparentés, les séances Snoezelen[4] aident à réduire l’agitation, l’agressivité verbale et physique, l’anxiété et certains troubles du sommeil. La méthode peut limiter le recours aux anxiolytiques chez certains résidents particulièrement agités, sans pour autant les remplacer toujours.

Une salle Snoezelen représente un investissement initial conséquent (entre 15 000 et 50 000 euros selon le niveau d’équipement) et nécessite un personnel formé. Toutes les structures n’en sont pas dotées. Lors d’une visite d’EHPAD, demander si la salle existe, qui l’anime, et selon quel rythme.

Les jardins thérapeutiques : la nature comme soin

Les jardins thérapeutiques sont des espaces extérieurs conçus avec une visée de soin, distincts d’un simple jardin d’agrément. Allées larges et stables pour les fauteuils et déambulateurs, plantes choisies pour leurs textures et leurs odeurs, bacs surélevés pour permettre le jardinage assis, bancs disposés régulièrement, fontaine, éventuellement un poulailler ou une volière.

Les effets observés sont à la fois physiques (exposition à la lumière naturelle, marche, vitamine D, meilleur sommeil), cognitifs (stimulation sensorielle, repères temporels via les saisons) et émotionnels (apaisement, plaisir, lien social autour d’une activité partagée). Plusieurs études citent une réduction de l’usage des anxiolytiques et sédatifs chez les résidents qui fréquentent régulièrement ces espaces.

Le jardin thérapeutique fonctionne mieux quand il est intégré au quotidien (sorties planifiées, ateliers de jardinage encadrés par un animateur formé), et pas seulement présenté comme un argument marketing dans la plaquette commerciale.

Tableau synthétique des principales thérapies non médicamenteuses

ThérapieObjectifs principauxProfession encadranteIndications privilégiées 
Art-thérapieExpression, qualité de vie, humeur, lien socialArt-thérapeute forméStades légers à modérés, troubles de l’humeur, repli
MusicothérapieApaisement, mémoire émotionnelle, sommeil, expressionMusicothérapeute diplôméTous stades, particulièrement utile chez les résidents agités ou mutiques
Médiation animaleRéduction de l’agitation, stimulation sensorielle, lien socialIntervenant en médiation animale certifié, vétérinaire référentStades légers à modérés, troubles anxieux, soins palliatifs
SnoezelenApaisement multisensoriel, réduction de l’agitation et de l’anxiétéSoignants et animateurs formés à la méthodeTous stades, particulièrement utile dans les crises d’agitation
Jardin thérapeutiqueStimulation sensorielle, activité physique douce, rythmes naturelsAnimateur formé, parfois ergothérapeute ou jardinier paysagisteTous stades, surtout si autonomie de marche préservée

Ce qu’il faut vérifier dans un EHPAD avant de signer

Beaucoup d’établissements affichent ces thérapies sur leur site internet et dans leurs brochures. La réalité du terrain mérite une vérification précise. Quelques questions utiles à poser lors d’une visite :

  • Quels professionnels diplômés interviennent (art-thérapeute, musicothérapeute, ergothérapeute) ? À quelle fréquence ?
  • Les séances sont-elles individuelles, en petit groupe, ou en grand groupe ?
  • Combien de résidents bénéficient effectivement de chaque thérapie chaque semaine ?
  • Le matériel est-il à demeure dans une salle dédiée, ou apporté ponctuellement ?
  • La famille peut-elle assister à une séance ?
  • Le projet d’accompagnement personnalisé du résident mentionne-t-il explicitement les thérapies non médicamenteuses suivies ?

Un EHPAD qui aligne deux ou trois interventions structurées avec un personnel formé et un calendrier réel n’a rien à voir avec celui qui se contente d’un atelier chant le vendredi après-midi animé par une bénévole. La différence se voit dans les comportements observés, dans le climat de l’établissement et dans la consommation de psychotropes (un indicateur que la HAS recommande de surveiller).

Limites et précautions à connaître

Aucune thérapie non médicamenteuse n’inverse l’évolution de la maladie d’Alzheimer ou d’une autre démence neurodégénérative. Ces interventions visent à améliorer la qualité de vie, à réduire les troubles du comportement et à préserver les capacités résiduelles, pas à guérir. Leur efficacité dépend du résident (histoire de vie, préférences, état cognitif), du professionnel qui anime, et de la régularité des séances.

Elles ne se substituent pas à un suivi médical, à un traitement somatique nécessaire, ni à un accompagnement psychologique des troubles dépressifs avérés. La complémentarité, pas le remplacement, est la règle.

Enfin, ces thérapies coûtent à l’établissement : salaire des intervenants, matériel, espace dédié. Un EHPAD très bas de gamme financièrement ne pourra pas les déployer correctement. Ce critère explique en partie les écarts de tarifs et la différence d’expérience entre établissements.

Questions fréquentes

Les thérapies non médicamenteuses sont-elles remboursées par l’Assurance maladie ?

Non, pas en tant que telles. Elles sont financées par l’EHPAD dans le cadre de son tarif hébergement et de son projet d’établissement. C’est l’une des raisons pour lesquelles deux établissements peuvent afficher des tarifs très différents : la part dédiée à ces interventions varie fortement.

Un résident en stade avancé d’Alzheimer peut-il en bénéficier ?

Oui. La musicothérapie, le Snoezelen et la médiation animale conservent un intérêt même à des stades avancés, parce qu’elles sollicitent des capacités sensorielles et émotionnelles préservées. L’art-thérapie est plus indiquée aux stades légers à modérés. L’adaptation au résident est faite par les professionnels de l’établissement.

Faut-il une prescription médicale pour participer ?

Non, ces interventions sont intégrées au projet d’accompagnement personnalisé du résident, élaboré par l’équipe soignante de l’EHPAD en lien avec le médecin coordonnateur, la famille et le résident lui-même quand il peut s’exprimer. Une demande explicite de la famille au moment de l’admission peut influencer le programme retenu.

Comment évaluer si une thérapie fonctionne pour un proche ?

Plusieurs signes parlent : meilleur sommeil, moins de crises d’agitation, plus de moments de plaisir visible, parfois reprise de la parole ou du contact visuel. L’équipe soignante tient un suivi dans le dossier du résident. La famille peut demander un point régulier lors des rencontres avec le médecin coordonnateur ou la cadre de santé.

Quelle place pour la famille dans ces ateliers ?

Variable selon les établissements. Certains EHPAD ouvrent les séances de musicothérapie ou les promenades dans le jardin thérapeutique à la participation familiale, ce qui crée des moments de lien précieux. D’autres préservent l’intimité du groupe thérapeutique. Il est préférable de se renseigner à l’avance sur la politique de l’établissement.

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Augustin,Augustin , rédacteur chez Cap Retraite et expert digital. Il crée des contenus à impact social dédiés au grand âge et aux familles aidantes.

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