« Démence vasculaire » ou « maladie d’Alzheimer » : pour les familles, ces deux mots évoquent souvent la même réalité, la perte progressive d’autonomie d’un parent âgé. Du point de vue médical, ce sont pourtant deux maladies bien distinctes, dont l’évolution, les symptômes et les besoins en accompagnement diffèrent. Et lorsque vient le moment de chercher un EHPAD[2], ces différences ont des conséquences très concrètes : type d’unité, présence de kinésithérapeute[3], organisation du suivi cardiovasculaire, climat sonore. Voici cinq points de comparaison pour vous aider à orienter votre recherche, en gardant à l’esprit qu’un diagnostic précis reste l’affaire du neurologue ou du gériatre.

Trouver un EHPAD

Comprendre ce qui sépare les deux maladies

La maladie d’Alzheimer[1] est une maladie neurodégénérative caractérisée par l’accumulation de plaques amyloïdes et de dégénérescences neurofibrillaires dans le cerveau, en commençant par l’hippocampe et les régions de la mémoire. Elle représente environ 60 à 70 % des démences en France selon l’Inserm.

La démence vasculaire, elle, est la deuxième cause de démence après Alzheimer. Elle est due à des lésions cérébrales d’origine vasculaire : accidents vasculaires cérébraux, lacunes, maladie des petits vaisseaux cérébraux liée à l’hypertension, au diabète ou au tabagisme. Les zones du cerveau affectées dépendent des artères concernées, et les symptômes varient donc beaucoup d’un patient à l’autre.

Dans la réalité, les deux maladies coexistent souvent chez la personne âgée. On parle alors de démence mixte. Mais quand l’une prédomine, les besoins de prise en charge ne sont pas les mêmes.

différences entre alzheimer et démence vasculaire chez le senior

LIRE AUSSI : La démence vasculaire VS la maladie d’Alzheimer : quelle différence ?

Les 5 différences concrètes

CritèreMaladie d’AlzheimerDémence vasculaire
Mode d’évolutionProgression lente et continue sur plusieurs années, déclin régulier mois après mois.Évolution par paliers, parfois en à-coups : une aggravation brutale après un nouvel AVC[4], puis une période de stabilité.
Premiers symptômesOubli des faits récents, désorientation dans le temps, mots qui manquent, perte d’objets familiers.Ralentissement intellectuel, difficultés de planification et d’attention, fluctuations cognitives, troubles de l’humeur.
Troubles moteursApparaissent tardivement, souvent au stade modéré à sévère (marche, gestes, déglutition).Présents précocement : marche à petits pas, troubles de l’équilibre, parfois hémiparésie, troubles de la déglutition.
ComportementAnxiété, déambulation, idées délirantes, parfois agressivité au stade évolué. Risque de fugue marqué.Apathie fréquente, ralentissement, labilité émotionnelle (rires ou pleurs faciles), moins de déambulation.
Facteurs aggravantsÉvolution propre de la maladie, peu modifiable. Comorbidités à surveiller mais ne changent pas le cours principal.Récidives d’AVC, déséquilibre tensionnel, mauvais contrôle du diabète, fibrillation auriculaire non anticoagulée. Une bonne prévention vasculaire peut ralentir l’évolution.

Ces cinq différences ne suffisent évidemment pas à poser un diagnostic. Elles donnent une idée des grandes orientations qu’un médecin spécialiste confirme avec l’imagerie cérébrale, les tests neuropsychologiques et parfois les biomarqueurs.

Ce que ces différences changent pour le choix de l’EHPAD

Le type d’unité : UHR, UVP ou hébergement classique

Plusieurs formules existent en EHPAD pour accueillir une personne avec démence. Le choix dépend de la sévérité des troubles du comportement et du risque de fugue, plus que du type précis de démence.

  • L’unité de vie protégée (UVP), parfois appelée unité Alzheimer protégée, accueille des résidents désorientés avec un risque de fugue. Locaux fermés, équipe formée à la maladie d’Alzheimer, activités adaptées, capacité de 12 à 20 places en général. Convient bien aux maladies d’Alzheimer au stade modéré avec déambulation.
  • L’unité d’hébergement renforcée (UHR) accueille les résidents avec des troubles du comportement sévères qui mettent en danger leur sécurité ou celle des autres. Capacité plus petite (12 à 14 places), encadrement renforcé jour et nuit. Indication possible pour Alzheimer comme pour démence vasculaire.
  • L’hébergement classique en EHPAD reste pertinent pour les démences vasculaires modérées sans troubles du comportement marqués, notamment quand le profil est dominé par l’apathie et le ralentissement plutôt que par la déambulation.

Le pôle d’activités et de soins adaptés (PASA) est un dispositif complémentaire (12 à 14 places en journée) qui peut être présent dans l’EHPAD, quel que soit le type d’unité de votre proche.

La présence d’un kinésithérapeute et d’un orthophoniste

C’est un critère souvent négligé par les familles, mais essentiel pour la démence vasculaire. Les troubles moteurs étant précoces et fréquents (équilibre, marche, déglutition), la rééducation joue un rôle majeur pour préserver l’autonomie le plus longtemps possible. Pour Alzheimer, la kinésithérapie[6] devient utile au stade évolué, surtout pour prévenir les chutes et maintenir la mobilité.

Questions à poser lors de la visite d’un EHPAD :

  • Un kinésithérapeute intervient-il sur place, et à quelle fréquence ?
  • Y a-t-il un orthophoniste pour la rééducation de la déglutition et du langage après un AVC ?
  • Comment est organisé le suivi des résidents avec antécédents d’AVC ?
  • Quelle est la procédure en cas de chute ou de nouvel épisode neurologique aigu ?

La prévention des récidives vasculaires

Pour la démence vasculaire, le suivi cardiovasculaire est central. Un nouvel AVC peut aggraver brutalement les troubles cognitifs. L’EHPAD doit savoir gérer en routine :

  • Le contrôle régulier de la tension artérielle, avec une cible adaptée à la personne âgée.
  • Les anticoagulants en cas de fibrillation auriculaire, avec surveillance des INR pour les AVK ou des bilans périodiques pour les AOD.
  • Les antiagrégants plaquettaires comme l’aspirine ou le clopidogrel.
  • L’équilibre du diabète, du cholestérol, l’arrêt du tabac si applicable.
  • Les recommandations diététiques : limitation du sel, alimentation type méditerranéenne.

Pour la maladie d’Alzheimer, le suivi médical porte davantage sur la tolérance des traitements anti-démence (donépézil, rivastigmine, mémantine quand ils sont prescrits), la prévention de la dénutrition[7], et la gestion des troubles du comportement.

prise en charge de la démence vasculaire en ehpad

Le climat sonore et l’organisation des journées

Les résidents avec démence vasculaire et apathie supportent mal les environnements bruyants et chaotiques. Ils ont besoin de stimulation, mais d’une stimulation calme et structurée. Les résidents avec maladie d’Alzheimer en phase de déambulation ont eux besoin d’espaces de circulation libres, sécurisés, avec des activités qui canalisent l’énergie.

Lors de la visite, observez le niveau sonore en fin de matinée (moment où les troubles du comportement s’expriment souvent), le rythme des animations, la possibilité pour un résident de se retirer dans un espace plus calme.

Le coût et les aides financières

Les UHR[5] et UVP sont généralement plus coûteuses que l’hébergement classique en EHPAD, car l’encadrement humain est plus important. Comptez 100 à 150 euros par jour selon les régions, contre 70 à 110 euros en hébergement classique (le montant peut varier selon les départements). 

L’aide personnalisée d’autonomie (APA), le forfait soins de la Sécurité sociale et l’aide au logement (APL ou ALS) restent accessibles dans tous les types d’unités. L’aide sociale à l’hébergement (ASH) peut compléter pour les revenus modestes, dans les établissements habilités.

FAQ

Mon parent a une démence vasculaire, doit-il forcément aller en unité Alzheimer ?

Non. Les unités spécifiques (UVP, UHR) sont réservées aux résidents avec troubles du comportement marqués ou risque de fugue. Beaucoup de personnes avec démence vasculaire vivent très bien en hébergement classique, surtout si l’EHPAD dispose d’un kinésithérapeute.

Comment savoir si l’EHPAD est habilité aide sociale ?

La liste des EHPAD habilités à l’aide sociale à l’hébergement est disponible auprès du conseil départemental. Vous pouvez aussi consulter notre annuaire recense tous les établissements avec leurs tarifs et leur statut.

Combien de temps faut-il pour obtenir une place en UHR ?

Le délai dépend des régions et des établissements. Comptez de quelques semaines à plusieurs mois. Il est conseillé d’anticiper et de déposer plusieurs dossiers en parallèle via le portail viatrajectoire.fr.

Peut-on changer d’unité au sein du même EHPAD ?

Oui. Si le profil de votre proche évolue (par exemple aggravation des troubles du comportement), le médecin coordonnateur peut proposer un transfert vers une UVP ou UHR, sous réserve de places disponibles.

L’évolution est-elle vraiment ralentissable pour la démence vasculaire ?

Une bonne prévention vasculaire (tension contrôlée, anticoagulation adaptée, équilibre du diabète) peut ralentir la progression et réduire le risque de nouvel AVC, donc d’aggravation brutale. C’est l’un des leviers majeurs de la prise en charge.

Cet article est informatif. Le choix d’un EHPAD et l’évaluation du type de démence relèvent d’une démarche médicale et sociale impliquant le neurologue ou le gériatre, le médecin traitant, le médecin coordonnateur de l’établissement et, lorsque c’est nécessaire, une assistante sociale.

Article relu par l’équipe éditoriale avec le concours d’un contributeur expert médico-social chez Cap Retraite. Son expérience de terrain et sa connaissance des dispositifs d’aide et d’accompagnement permettant d’apporter un regard fiable et pertinent aux lecteurs.

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Augustin,Augustin , rédacteur chez Cap Retraite et expert digital. Il crée des contenus à impact social dédiés au grand âge et aux familles aidantes.

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