Le 19 mai 2026, lors du congrès Santexpo organisé par la Fédération hospitalière de France, la ministre déléguée chargée de l’autonomie Camille Galliard-Minier a annoncé une refonte des filières gériatriques françaises : l’organisation des soins pour les personnes âgées, pensée autour de l’hôpital depuis près de vingt ans, va être profondément transformée. L’hôpital deviendra une étape dans un parcours, et non plus la destination par défaut. Pour les familles qui accompagnent un proche âgé, voici ce que cette réforme va changer dans l’organisation, la coordination et la délivrance des soins.
Réforme des filières gériatriques : pourquoi changer l’organisation actuelle ?
Le modèle de prise en charge gériatrique existant, bâti en 2007 et pensé autour de l’hôpital, montre ses limites face à l’accélération du vieillissement.
Les limites de la gériatrie actuelle
Les filières gériatriques actuelles structurent la réponse sanitaire entre les différents services et spécialités prenant en charge les personnes âgées.
Consultations gériatriques, équipes mobiles, hospitalisations de jour, soins médicaux de réhabilitation (SMR), hospitalisation à domicile (HAD)… Si ces dispositifs ont progressivement maillé le territoire, le système n’intègre pas suffisamment la médecine de ville, les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) ni le secteur médico-social.
Résultat : le manque de coordination des acteurs bloque les familles dans leur parcours ou leur impose des hospitalisations parfois évitables.
Le défi démographique
Le vieillissement de la population s’accélère : l’arrivée à la retraite des générations du baby-boom, conjuguée à l’allongement de l’espérance de vie, augmente le nombre de personnes âgées polypathologiques qui ont besoin de soins complexes, réguliers et coordonnés.
Or, pour ces patients, maintenir un modèle centré sur l’hospitalier revient à :
- saturer des urgences déjà sous tension ;
- multiplier des hospitalisations longues, coûteuses et souvent mal vécues par les personnes âgées.
Les 3 priorités de travail de la réforme
Pour préserver la qualité de soin, réduire les hospitalisations évitables suppose de déployer l’expertise médicale là où vit la personne âgée, avant que sa situation ne se dégrade. Pour y parvenir, la direction générale de l’offre de soins (DGOS) définit plusieurs priorités de travail.
Les admissions directes pour court-circuiter les urgences
La première priorité affichée par la direction générale de l’offre de soins (DGOS) concerne le soutien aux dispositifs d’admission directe à l’hôpital, créés dans le cadre du pacte de rénovation des urgences de 2019.
Ces dispositifs permettent à un médecin traitant ou à un médecin coordonnateur d’EHPAD d’orienter directement un patient âgé vers un service hospitalier adapté, sans passer par les urgences.
- Moins de temps d’attente,
- Moins de désorientation pour le senior,
- Moins de risque de complications liées à un environnement inconnu.

L’Agence nationale d’appui à la performance (ANAP) a été saisie pour aider les établissements à déployer ces dispositifs à grande échelle.
L’expertise gériatrique vient au patient
La réforme prévoit également de diffuser l’expertise gériatrique hospitalière au-delà des murs de l’hôpital., via ce qu’on appelle les « hotlines » ou appuis gériatriques territoriaux.
Concrètement, un médecin coordonnateur d’EHPAD[1], un médecin traitant ou une infirmière de coordination peut joindre une équipe gériatrique hospitalière pour obtenir un avis spécialisé, sans que le patient ait besoin de se déplacer.
En Indre-et-Loire, une réflexion est en cours pour créer des services d’accès aux soins (SAS) gériatriques. Dans le territoire de Vannes, le groupe hospitalier Brocéliande Atlantique a déjà mis en place un programme intégrant plus de 50 % des EHPAD locaux, avec une trousse de télérégulation et un réseau de médecins coordonnateurs réunis mensuellement en visioconférence.
La HAD en EHPAD anticipée
La troisième priorité de la DGOS est de développer l’hospitalisation à domicile (HAD), y compris en EHPAD, avec une attention particulière aux préadmissions anticipées.
L’idée est d’identifier en amont les résidents dont l’état pourrait nécessiter une prise en charge HAD, d’organiser le dispositif avant la dégradation afin d’éviter le transfert en urgence vers l’hôpital.

Un résident atteint d’une maladie chronique évolutive pourra recevoir une chimiothérapie, des soins palliatifs ou une antibiothérapie intraveineuse dans sa chambre, avec une équipe HAD coordonnée avec l’équipe soignante de l’établissement, tout en restant dans son environnement quotidien.
Renforcer le plan anti-chutes
Enfin, la ministre a également cité le renforcement du plan anti-chutes, présenté en 2022, pour réduire les hospitalisations. Les chutes à domicile sont la première cause de séjours longs, de complications parfois irréversibles et d’entrées précipitées en établissement.
Renforcer ce plan, c’est intervenir dans la prévention, le repérage des facteurs de risque et l’adaptation de l’environnement.
EHPAD et domicile : les nouveaux lieux de soins
Cette évolution repositionne l’EHPAD et le domicile comme des lieux de soins à part entière tandis que l’hôpital devient une étape du parcours.
Faire évoluer la prise en charge gériatrique
Au-delà de la logistique, la nature même de la prise en charge gériatrique doit évoluer. La personne âgée n’est plus orientée vers l’hôpital dès que sa situation se complexifie. Elle intégrera un parcours individualisé autour de la prévention, le suivi des maladies chroniques, la coordination entre acteurs de ville et hospitaliers et l’accompagnement médico-social.
Cela suppose de former davantage les professionnels de terrain à la gériatrie[2], de décloisonner les échanges entre médecine de ville et hôpital et d’embarquer les EHPAD (futures Maisons France Autonomie) comme acteurs médicaux à part entière, et non comme simples structures d’hébergement.
L’organisation des familles
Pour une famille dont le proche est en établissement, cette évolution signifie moins de transferts hospitaliers non planifiés, souvent déstabilisants pour les personnes âgées.
Si le proche est encore à domicile, cela signifie une meilleure coordination entre le médecin traitant, les professionnels libéraux et les équipes hospitalières.
Dans les deux cas, l’objectif consiste à :
- Préserver la continuité du parcours de vie,
- Réduire les pertes de chance liées aux ruptures de soins,
- Respecter le souhait majoritaire des personnes âgées de rester dans un environnement familier aussi longtemps que possible.
Une réforme encore en construction avec des inégalités
Si la réforme est engagée, sa mise en place exige de traiter certains points de vigilance.
Un calendrier encore en cours
Un groupe de travail se réunit actuellement pour approfondir les sujets de la prévention, du décloisonnement sanitaire et médico-social et de la rénovation des textes issus de 2007.
Les nouvelles orientations devraient se traduire dans des textes réglementaires dans les prochains mois. Mais entre l’annonce et le déploiement effectif sur le terrain, le délai peut être long. Cette nouvelle organisation des soins se fera progressivement, établissement par établissement, territoire par territoire.
Des inégalités territoriales
Si une généralisation sur tout le territoire pourrait ainsi prendre cinq à dix ans… Certains départements ont déjà engagé leur transition démographique :
- Hotlines gériatriques opérationnelles,
- EHPAD intégrés dans des filières territoriales,
- Dispositifs d’admission directe fonctionnels..
Les solutions mises en œuvre dans les prochaines années seront aussi extrêmement différenciées. La qualité et la fluidité du parcours de soins dépendront en partie de la zone géographique où vit leur proche.
Après vingt ans d’organisation hospitalo-centrée, la réforme gériatrique vers des parcours coordonnés, ancrés dans le territoire et centrés sur la personne, est enclenchée. En attendant la mise en place officielle, les familles ont tout intérêt à s’informer dès maintenant des dispositifs disponibles localement auprès de l’EHPAD ou du médecin traitant.
Sources :
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