Pourquoi les seniors sont-ils sous-représentés au cinéma ?
Le 28/09/2018 - Actualités

Alors que les personnes âgées de 60 ans et plus sont les plus gros consommateurs de cinéma en France, le septième art les ignore et les stigmatise encore. Les seniors représentent en effet seulement 11 % des personnages des 100 plus gros succès du box-office américain en 2016, alors que les plus de 60 ans constituent le cinquième de la population du continent américain et même le quart de celle de l’Hexagone.

Pourquoi les seniors sont-ils sous-représentés au cinéma ?

Les seniors peu présents dans les films

Avec des films comme La Finale, dans laquelle Thierry Lhermitte joue un grand-père atteint de la maladie d’Alzheimer, ou encore Les Vieux Fourneaux, sorti le mois dernier, le cinéma français met les seniors à l’affiche. Néanmoins, une étude américaine révèle qu’à Hollywood, les personnes âgées sont largement sous-représentées et, lorsque les seniors apparaissent au grand écran, les stéréotypes vont bon train.

Pourtant, les seniors constituent une proportion non négligeable de l’audience du grand écran, aussi bien outre-mer que dans l’Hexagone. Ainsi, en Amérique du Nord (États-Unis et Canada), les plus de 60 ans représentaient 16 % des achats de billets de cinéma.

En France, le cinéma fait aussi partie intégrante de la vie des seniors, d’après l’étude « La géographie du cinéma en 2017 », publiée le 18 septembre dernier par le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) :

  • les plus de 50 ans représentent plus de 30 % des spectateurs de cinéma en France ;
  • plus de 60 % des 50 à 59 ans, et près de la moitié des 60 ans et plus vont au cinéma au moins une fois par an,
  • les 60 ans et plus sont les plus gros consommateurs de cinéma en 2017, avec une moyenne de 6,6 entrées au cours de l’année (contre 4,9 pour l’ensemble des Français).

Avec une telle fréquentation des salles de cinéma, on s’attendrait à voir les seniors bien représentés sur ce média qu’ils consomment comme les autres publics. Ce n’est pourtant pas le cas, comme le révèle une étude réalisée par l’école de communication et de journalisme Annenberg de l’université de Caroline du Sud, dans le cadre de son « Initiative pour l’inclusion ».

Seulement 11 % des quelque 4 300 personnages s’exprimant ou nommés (et dont l’âge peut être déterminé) dans les 100 plus gros succès du box-office américain en 2016 étaient âgés de 60 ans et plus. Alors que la population américaine compte 20 % de seniors de cet âge. Seulement 9 films présentaient une proportion de seniors proche de leur part dans la population générale.

Les seniors et les minorités mal représentés à Hollywood

L’étude de l’école Annenberg s’est également appliquée à vérifier différentes caractéristiques démographiques et d’autres variables liées à l’emploi et la santé des acteurs de 60 ans et plus :

  • près des trois quarts des personnages âgés étaient des hommes ;
  • 77 % étaient blancs, 12 % noirs, 1 % d’origine hispanique ou latino-américaine et 5 % asiatique ;
  • seulement 3 seniors étaient issus de la communauté LGBT ;
  • 39 films ne présentaient pas une seule actrice âgée de 60 ans et plus ;
  • seulement 6 films sur 100 avaient des seniors pour personnages principaux;
  • une seule femme blanche âgée jouait le rôle principal d’un des 100 films ;
  • les deux tiers des seniors avaient un emploi ;
  • 10 % des 458 personnes âgées de 60 ans et plus avaient des problèmes de santé ;
  • seulement 10 % des personnages âgés sont morts dans les films étudiés. L’écrasante majorité (88 %) sont décédés des suites d’une agression ou de blessures qu’ils se sont eux-mêmes infligées. À titre de comparaison, les maladies cardiaques sont la première cause de décès aux États-Unis, suivies par des néoplasmes malins et des maladies respiratoires chroniques…

L’âgisme bien présent au grand écran

Sur les 100 films observés, 57 films comptaient des personnages principaux ou secondaires âgés. Parmi eux, 25 films (soit 44 %) comportaient des références âgistes.

Les références âgistes sont des références, verbales ou non, à la vieillesse ou à des aspects négatifs du vieillissement ou de la vie des personnes âgées.

Près des trois quarts des films contenant des références âgistes comportaient des répliques générales sur l’âge :

  • « Pourquoi perdez-vous votre temps à parler à un vieux rat grincheux ? »
  • « OK, j’en ai marre de parler à des vieux, alors je monte. »
  • « Il est vieux et décrépit ! »

Plus de la moitié des films comportaient des remarques sur la santé (notamment le bien-être mental, la mémoire et l’audition). La proportion de ces remarques est étonnante au regard du faible nombre de seniors ayant des problèmes de santé dans les films en question :

  • « Devrais-je appeler une ambulance ? – Non, ça le ferait se sentir vieux. »
  • « Vous ne devriez pas perdre votre temps avec un vieux fou. »
  • « Regardez ça, elle se souvient de moi. »

Près d’un quart des films comportant des références âgistes comprenaient des répliques sur l’apparence des personnes âgées :

  • « Tu ferais mieux de te marier. Tu commences à avoir l’air vieux. »
  • « Regardez-vous ma chérie. Hou la la ! Vous n’avez pas l’air d’avoir un jour de plus que 90 ans ! »

Près d’un quart des films comportant des références âgistes comprenaient des références péjoratives à la mort :

  • « Vous avez beaucoup de temps, mais pour moi, chaque souffle est un cliffhanger. »
  • « Oh mamie ! Ma douce grand-mère. Pourquoi les vieux s’en vont-ils toujours en premier ? »
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