Votre proche en situation de handicap avance en âge et son lieu de vie actuel ne répond peut-être plus à ses besoins. Trouver une solution adaptée devient alors un véritable enjeu pour la famille, notamment lorsque les structures médico-sociales habituelles ne peuvent pas l’accueillir. Certains EHPAD disposent d’une section dédiée aux personnes handicapées vieillissantes (PHV), mais tous ne proposent pas le même accompagnement ni les mêmes compétences. Avant de faire votre choix, plusieurs points méritent donc d’être vérifiés : l’adaptation des locaux, la formation des professionnels, les soins proposés et la capacité de l’établissement à tenir compte des habitudes et besoins spécifiques de votre proche. Cet article vous aide à identifier les critères essentiels à examiner avant une admission.
Qui sont les personnes handicapées vieillissantes ?
La notion de personne handicapée vieillissante (PHV) recouvre toute personne en situation de handicap dont l’avancée en âge entraîne un cumul de besoins. On distingue généralement deux profils :
- Les personnes handicapées de naissance ou depuis l’enfance, qui vieillissent avec leur handicap initial (trisomie 21, autisme, polyhandicap, handicap psychique stabilisé). Le vieillissement est souvent prématuré, dès 40 ou 45 ans pour certaines pathologies génétiques.
- Les personnes ayant acquis un handicap à l’âge adulte (accidents, maladies neurologiques), pour qui les besoins évoluent avec l’âge.
Le vieillissement prématuré est particulièrement marqué dans la trisomie 21 : surrisque d’Alzheimer[2] à partir de 50 ans, troubles cardiaques, ostéoporose[3]. La prise en charge doit donc combiner les approches gériatrique et handicap.

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FAM, MAS, EHPAD : quelle structure pour quel profil ?
Avant d’orienter vers un EHPAD[1], il faut comprendre les trois types de structures qui peuvent accueillir une personne handicapée vieillissante.
| Structure | Public | Encadrement médical | Âge habituel |
|---|---|---|---|
| FAM | Adultes handicapés nécessitant assistance pour les actes de la vie quotidienne | Médicalisation partielle | 20 à 60 ans (parfois prolongation) |
| MAS | Adultes polyhandicapés ou très dépendants | Médicalisation lourde 24h/24 | 20 à 60 ans (parfois prolongation) |
| EHPAD classique | Personnes âgées dépendantes de 60 ans et plus | Médicalisation gériatrique | 60 ans et plus |
| EHPAD avec section PHV | Personnes handicapées vieillissantes | Approche mixte gériatrie[4] et handicap | Souvent dès 50 ou 55 ans avec dérogation |
Seuls environ 300 EHPAD disposent d’une section PHV identifiée en France, sur près de 4 700 EHPAD au total. L’offre est donc rare et localement inégale.
La dérogation d’âge avant 60 ans
Pour entrer en EHPAD avant 60 ans, une dérogation d’âge est obligatoire. Les modalités de demande et les critères examinés peuvent varier selon les départements.
- La démarche peut notamment associer la MDPH (Maison départementale des personnes handicapées) et le conseil départemental, selon l’organisation locale.
- La situation de la personne est étudiée au regard notamment de son niveau de perte d’autonomie, de ses besoins d’accompagnement et de son handicap. Le fait de percevoir l’AAH (allocation aux adultes handicapés) ou d’avoir un certain taux d’incapacité ne constitue pas, à lui seul, une garantie d’obtenir une dérogation.
Selon les situations et les départements, la CDAPH (Commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées) peut également être amenée à intervenir dans l’évaluation des droits de la personne.
Bon à savoir : si votre proche a moins de 60 ans, il est préférable de contacter directement le conseil départemental et la MDPH de son lieu de résidence pour connaître la procédure applicable et les justificatifs à fournir.
La dérogation s’accompagne d’un maintien des droits handicap. La personne continue de relever de l’aide sociale au titre du handicap (et non de l’aide sociale aux personnes âgées), ce qui a deux conséquences pratiques importantes : pas d’obligation alimentaire des descendants et pas de récupération sur succession dans la plupart des cas.

Spécificités à vérifier dans un EHPAD avec section PHV
Tous les EHPAD affichant une « section PHV » ne se valent pas. Plusieurs points doivent être vérifiés avant l’admission.
Formation du personnel
Le personnel d’un EHPAD classique est formé à la gériatrie. La prise en charge d’une personne trisomique, autiste ou polyhandicapée requiert des compétences différentes : communication non-verbale, gestion des troubles du spectre autistique, accompagnement de la déficience intellectuelle, soins du polyhandicap. Demander combien de soignants ont suivi une formation spécifique handicap, et la nature de cette formation, est essentiel.
Projet d’établissement formalisé
Un EHPAD avec une vraie section PHV dispose d’un projet de section écrit, qui décrit les objectifs, le rythme de vie, les activités adaptées, l’articulation avec les soins gériatriques. Demander à consulter ce document est légitime.
Locaux adaptés
L’aménagement architectural doit prendre en compte les particularités du handicap : circulations larges pour les fauteuils, repères visuels pour les personnes autistes, espaces sensoriels apaisants, douches PMR. Une section PHV créée à la hâte dans un couloir d’EHPAD classique sans aménagements spécifiques n’apporte pas grand-chose.
Continuité avec les soins antérieurs
Une personne handicapée vieillissante a souvent un parcours de soins long avec des médecins spécialistes habituels (neurologue, psychiatre, cardiologue). L’EHPAD doit accepter de maintenir ces suivis et de coopérer avec les structures handicap antérieures (foyer de vie, ESAT, hôpital de jour).
Activités adaptées
Un atelier mémoire classique d’EHPAD n’est pas adapté à une personne déficiente intellectuelle. Les activités doivent être pensées pour les profils PHV : ateliers manuels, sorties extérieures, activités sensorielles, médiation animale. Le programme d’animation doit être différencié entre la section PHV et l’EHPAD classique.
Cas particuliers par type de handicap
Les besoins d’accompagnement ne sont pas les mêmes selon le type de handicap et peuvent évoluer avec l’âge. Avant de choisir un EHPAD, il est donc important de vérifier que l’établissement dispose de compétences et de solutions adaptées à la situation particulière de la personne.
Trisomie 21
Le vieillissement prématuré et le surrisque d’Alzheimer imposent une vigilance neurologique forte. L’EHPAD doit pouvoir articuler section PHV et UVP Alzheimer en cas d’évolution.
Autisme
Les personnes autistes vieillissantes ont besoin de routines très stables, d’un environnement sensoriel maîtrisé et d’un personnel formé aux particularités du spectre autistique. Un EHPAD bruyant et imprévisible peut générer des troubles du comportement graves. Quelques rares EHPAD spécialisés « autisme et vieillissement » existent, souvent adossés à des opérateurs historiques du handicap.
Polyhandicap
Le polyhandicap (déficience motrice et intellectuelle sévères associées) relève normalement de la MAS jusqu’à la fin de vie. Les MAS prolongent le plus souvent l’accueil sans transfert. En cas de transfert en EHPAD, la médicalisation gériatrique classique est rarement suffisante. Une convention avec une MAS partenaire est un bon signal.
Handicap psychique
Schizophrénie stabilisée, bipolarité stabilisée, dépression[5] chronique. L’EHPAD doit accepter le suivi par un psychiatre extérieur et accompagner la prise médicamenteuse spécifique. Un partenariat avec un CMP (Centre Médico-Psychologique) est précieux.
Financement et reste à charge
La personne admise en EHPAD avant 60 ans avec dérogation conserve les droits handicap. Les principales aides mobilisables sont :
- L’AAH (Allocation aux Adultes Handicapés) maintenue, dans les conditions habituelles selon les ressources.
- La PCH (Prestation de Compensation du Handicap), parfois réduite en établissement.
- L’ASH (Aide Sociale à l’Hébergement) au titre du handicap, sans obligation alimentaire ni récupération sur succession dans la plupart des cas.
Après 60 ans, le basculement vers l’ASH « personnes âgées » peut être proposé. Attention : ce basculement réactive l’obligation alimentaire et la récupération sur succession. Le maintien des droits « handicap » doit être demandé explicitement et n’est pas automatique. Un échange avec le service social du conseil départemental est nécessaire.
Questions fréquentes
Combien de temps prend une dérogation d’âge ?
Entre 3 et 6 mois en moyenne, selon les MDPH et les conseils départementaux. Anticiper la demande est indispensable, surtout si une place est repérée dans un EHPAD avec liste d’attente.
Mon parent handicapé doit-il passer une visite médicale d’admission ?
Oui, comme pour toute admission en EHPAD. Le médecin coordinateur évalue le GIR[6], les pathologies, le projet de soins. Pour une PHV, il s’appuie aussi sur le dossier MDPH et les bilans antérieurs (foyer de vie, médecin traitant, spécialistes).
Y a-t-il un quota de places PHV par EHPAD ?
Quand un EHPAD dispose d’une section PHV, elle compte généralement entre 8 et 20 places, sur une capacité totale moyenne de 80 à 120 places. La section est créée sur la base d’une autorisation ARS spécifique.
Le tarif est-il le même qu’en EHPAD classique ?
Le tarif hébergement est généralement identique. Le tarif dépendance[7] est calculé sur le GIR. Pour une personne avec dérogation d’âge, l’AAH et l’ASH handicap couvrent en partie le reste à charge. Le calcul précis dépend de la situation et doit être validé avec le service social.
Que faire si aucun EHPAD avec section PHV n’existe dans mon département ?
Plusieurs pistes : élargir géographiquement la recherche, demander à un FAM ou une MAS de prolonger l’accueil au-delà de la limite habituelle (possible dans certains cas), ou intégrer un EHPAD classique avec un projet de soins individualisé renforcé. La MDPH peut aussi soutenir une demande de dérogation et orienter vers les ressources disponibles.
✅ Article relu par l’équipe éditoriale avec le concours d’un contributeur expert médico-social chez Cap Retraite. Son expérience de terrain et sa connaissance des dispositifs d’aide et d’accompagnement permettant d’apporter un regard fiable et pertinent aux lecteurs.
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[1] EHPAD
Les EHPAD sont des établissements médicalisés qui accueillent des personnes âgées qui ont besoin de soins médicaux réguliers et d’une aide dans leur vie quotidienne.
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[2] Alzheimer
La maladie d’Alzheimer est une maladie qui affecte le cerveau, entraînant des pertes de mémoire et des difficultés à penser clairement, rendant progressivement les tâches quotidiennes plus difficiles.
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[3] Ostéoporose
L’ostéoropose est une maladie qui rend les os plus fragiles et faciles à casser, souvent due à l’âge ou à un manque de certaines substances dans le corps.
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[4] Gériatrie
La gériatrie est une spécialité médicale qui se concentre sur la santé et les soins des personnes âgées.
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[5] Dépression
La dépression est un état de tristesse profonde et prolongée, où une personne perd l’intérêt pour les activités et se sent épuisée, qui est très fréquent chez les seniors.
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[6] GIR
Le GIR (Groupe Iso-Ressources) est un outil qui sert à évaluer le niveau d’autonomie des personnes âgées, en les classant selon leur besoin d’aide pour les activités quotidiennes.
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[7] Dépendance
La dépendance de la personne âgée désigne le besoin d’aide pour réaliser les tâches de la vie quotidienne en raison de problèmes physiques ou mentaux.
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