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Cette semaine j’ai eu le privilège d’interviewer Benjamin Zimmer, codirigeant de la Silver Alliance, visant à rassembler et fédérer des solutions complémentaires pour améliorer les conditions de vie des seniors. Dès ses études, Benjamin s’immerge dans l’univers de la gérontologie. Tout en rédigeant sa thèse, il fonde Silver Valley, une entité qui conseille les entreprises pour développer l’innovation en faveur des personnes âgées et de leurs proches. Il la quittera quelques années plus tard pour créer Silver Alliance. Benjamin partage avec nous son quotidien, mais aussi sa perception des seniors et des challenges à relever face au vieillissement de la population. Il évoque aussi l’initiative Rêves de Seniors, lancée il y a quelques mois et promise à un bel avenir. Bonne lecture !

Entretien avec Benjamin Zimmer, Silver Alliance

Coralie, de Cap Retraite : Benjamin bonjour, et merci de me parler aujourd’hui. Pouvez-vous vous présenter, me dire quelles sont vos valeurs, et ce qui vous anime dans votre activité ?

Benjamin Zimmer (BZ) : Je travaille dans ce secteur depuis 15 ans, avec la forte conviction qu’avant d’être des « vieux », les personnes âgées sont des êtres humains.

Je pense qu’elles portent notre histoire collective. Les personnes âgées incarnent à la fois le passé et les valeurs, qu’elles nous transmettent pour construire le futur.

« Avant d’être des vieux, ce sont des êtres humains »

Ces personnes âgées — je parle des gens qui ont 80 ans, pas des sexagénaires — ont souvent vécu des crises, des moments où le pays n’allait pas très bien et où il a fallu tout reconstruire. Je pense que leur expérience du passé peut nous aider à reconstruire le futur. Je ne parle pas de produits et services pour les seniors, mais de produits et services utiles pour tous et bénéfique à notre planète.

Ce qui m’intéresse, c’est de créer du progrès. J’identifie les endroits il y a le plus de problèmes, et c’est là que j’agis. J’ai donc choisi de traiter la transition démographique, et de le faire bien, via Silver Alliance.

Je suis quelqu’un de curieux par nature, j’adore l’entreprise, l’entrepreneuriat, l’innovation. Ce qui explique pourquoi je suis également président d’une autre société qui fait du management de l’innovation, et conseille les entreprises dans leur création de produits.

« Ce qui m’intéresse, c’est de créer du progrès. »

Coralie : Pouvez-vous me donner votre définition des seniors ?

BZ : Je n’ai pas de définition. Le seul élément qui fait l’unanimité quand on parle de seniors, c’est la variable d’ajustement que constitue la retraite.

À la retraite, votre vie change. C’est une période de ruptures.

  • Une première rupture étant la manière dont vous constituez votre capital. Vous ne touchez plus un salaire, mais une pension de retraite.
  • Deuxième rupture, la structure de la famille. Généralement, vos enfants se sont fait la malle et vous vous retrouvez à deux, une habitude que vous aviez perdue. Et parfois avec de plus en plus de divorces.
  • Troisième rupture, la retraite est un moment où on se pose la question du logement — bien souvent on n’a plus besoin d’un appartement de 150 m2

« La retraite c’est une période de ruptures […] C’est une sorte de crise d’identité où tout est remis en question. »

C’est une sorte de crise d’identité où tout est remis en question, et où pour pouvoir profiter d’une deuxième jeunesse ou d’une deuxième vie, il va falloir faire des choses pour être en forme. C’est là qu’intervient la prévention, l’aménagement du domicile, la gestion de son temps et donc peut-être de son investissement dans des associations, dans l’information, etc.

Coralie : Quel regard portez-vous sur la manière dont notre société aborde le vieillissement ?

BZ : Ma réponse va peut-être vous paraître bizarre, mais pour moi il manque surtout du temps pour aller plus vite aujourd’hui.

Je pense que la stratégie est bonne, que ce qu’on fait est intéressant et utile par rapport au nombre d’études que l’on a fait, et qu’on répond à la problématique de la transition démographique.

« Pour moi il manque surtout du temps pour aller plus vite aujourd’hui. »

Mais, on a en face de nous des pouvoirs politiques difficiles à faire bouger, on voit bien qu’il y a beaucoup d’ignorance. Ce discours peut paraître dur, mais je l’assume complètement. Si je vois de l’inertie, c’est à ce niveau.

Je trouve qu’on a tendance — mais ce n’est pas propre à la Silver Economy, c’est en règle générale en France ! — à beaucoup théoriser des idéaux, mais qu’on a du mal à agir.

L’alliance, c’est l’action. Chez Silver Alliance, il n’y a que des entrepreneurs, des gens égocentrés, un peu mégalos, mais qui bossent fort pour changer le monde. On a tous compris que chacun dans son coin on allait écrire une belle histoire, mais que ça ne serait pas suffisant. Qu’il fallait mettre de côté son égo pour travailler ensemble et construire ensemble une grande histoire collective.

« À Silver Alliance, il n’y a que des entrepreneurs, des gens égocentrés, un peu mégalos, mais qui bossent fort pour changer le monde. »

Coralie : Alors justement, comment travaillez-vous ensemble ?

BZ : En fait c’est relativement simple. On voit bien aujourd’hui que certains consommateurs utilisent internet, quand d’autres préfèrent se rendre en boutique.

Mais, dans la boutique il n’y a pas tous les services dont ils ont besoin, et Internet ne propose pas les services de la boutique.

Les ponts sont assez naturels. Si vous avez un problème de mobilité et souhaitez installer un monte-escalier chez vous, alors vous avez peut-être un problème de réassurance et de sécurité également. Donc peut-être qu’on peut ajouter à l’installation du monte-escalier un abonnement de téléassistance au cas où.

On est vraiment dans l’expérience client. C’est l’expérience qui nous dit quels produits ou services sont pertinents.

« C’est l’expérience qui nous dit quels produits ou services sont pertinents. »

Coralie : Vous coordonnez des entreprises qui ont des tailles et des rythmes d’évolution différents, ce doit être un sacré jeu d’adresse de les faire travailler ensemble ?

BZ : C’est passionnant. Fatiguant, mais passionnant !

Pour moi, que ça fonctionne ou pas, tous les jours j’ai appris énormément de choses. Ma priorité, c’est que ça avance. Et de ne jamais oublier pourquoi on fait ça. Pour Mme Michu qui vit dans le Jura à 50 km de la 1re pharmacie ou M. Michel qui habite à Saint-Raphaël au 4e étage et se retrouve coincé si l’ascenseur est bloqué, car il est hémiplégique, ou encore Jacqueline, Robert et Mohamed, qui pètent la forme et souhaitent profiter de leur retraite et à qui on ne propose pas suffisamment d’activités.

« Ma priorité, c’est que ça avance. Et de ne jamais oublier pourquoi on fait ça. »

Coralie : Quel est votre rôle auprès des membres de la Silver Alliance ?

BZ : Je me suis associé avec le leader des services à la personne (Oui Care, ndlr). Nos deux expertises cumulées ont créé la confiance qui est à la base de l’existence de Silver Alliance. Puis, nous avons conçu le fonctionnement de Silver Alliance sur cette intelligence collective : nous consultons systématiquement nos membres dans les décisions qu’on prend. On fonctionne un peu comme une coopérative, mais avec des associés. Chaque décision est votée à l’unanimité à chaque fois. C’est encore mieux que la démocratie.

« On fonctionne un peu comme une coopérative, mais avec des associés. »

En fait, on est construit sur quelque chose de très fragile : la confiance. Si la confiance est mise en échec, car on privilégie son ego sans prendre en compte le collectif, alors ça ne marche plus. Mon rôle est de gérer toutes ces tentations. Mais, on a compris où est notre intérêt. Le marché est tellement mal structuré, et tellement gigantesque, c’est une énorme opportunité, donc pas de temps à perdre à se taper dessus.

Coralie : Quels sont les grands chantiers de l’alliance pour 2020 ?

BZ : Notre premier chantier est de continuer à grossir pour répondre aux besoins des seniors, car on ne répond pas encore à tout : nous avons identifié 80 solutions à intégrer à l’alliance, aujourd’hui nous sommes 25, donc il y a encore du boulot !

« Premier chantier, continuer à grossir pour répondre aux besoins des seniors. […] Autre chantier : diversifier nos canaux. »

Autre chantier : diversifier nos canaux. Aujourd’hui, on existe en print et en web.

Sur le web, nous avons des progrès à faire pour être bien référencés. Et on sait aujourd’hui que la personne qui va sur le web n’est pas forcément la personne âgée, mais souvent ses aidants. On est en train de travailler sur cet aspect.

On voudrait également développer un call center, car on sait que les gens aiment être entendus et écoutés. Et enfin, dernier canal, des forces commerciales mobiles sur tout le territoire.

Coralie : Vous avez lancé en fin d’année dernière Rêves de Seniors. Est-ce que vous pouvez m’expliquer de quoi il s’agit ?

BZ : Rêves de Seniors, on l’a fait pour un ami, Jean-Pierre Joret. On s’est connus dans le cadre des labs Silver Valley. Jean-Pierre a 87 ans, il a dirigé plusieurs entreprises. Plusieurs fois je lui ai dit que j’aimerais être comme lui dans 50 ans.

À force de se côtoyer, il m’a accompagné lorsque j’ai monté Silver Alliance. Il me conseille, on a beaucoup travaillé ensemble. Il fait un peu partie de mon board, en somme (rires).

Un jour je lui ai demandé « Jean-Pierre, je sais que tu ne veux pas que je te rémunère, mais qu’est-ce que je peux faire pour toi ? ». C’est là qu’il m’a confié être passionné d’astronomie.

Moi j’aime bien ça aussi, et j’ai dans mes contacts Thomas Pesquet, donc je les ai présentés. Et là, j’ai vu dans ses yeux des étoiles.

Ça a été un déclencheur pour moi. Je me suis dit « Cette émotion, il faut que les gens la voient. Et surtout les gens de 87 ans ». C’est de là qu’est né le projet Rêves de Seniors.

« Ça a été un déclencheur pour moi. Je me suis dit “Cette émotion, il faut que les gens la voient. Et surtout les gens de 87 ans”. »

Par la suite nous avons accompagné 4 seniors dans leur traversée de l’Atlantique en aviron.

Et puis, de fil en aiguille, nous sommes en train de structurer les choses. De grands groupes et des célébrités se sont manifestés pour financer cette activité ou en devenir les parrains.

Rêves de Seniors va nous permettre de changer le regard qu’on porte sur les vieux dans notre société. Et — parce qu’on reste des entrepreneurs, il ne faut pas l’oublier — c’est une activité qui va peut-être nous permettre d’accompagner des personnes âgées qui auront besoin de services… Pour préparer un saut en parachute par exemple.

Mais, avant de vendre des solutions aux seniors, on voudrait simplement leur dire qu’on les aime. On a leur confiance à gagner. Pour ça, il faut leur montrer que leur vie vaut encore le coup, même passé 70 balais.

Et il faut leur dire qu’ils ont le droit de rêver, quel que soit leur âge. Sauf que quand vous les interrogez, vous entendez « C’est plus de mon âge les rêves ». C’est là où on voit les limites de notre société, qui les a conditionnés à ne plus rêver. Ça, c’est très grave.

« Avant de vendre des solutions aux seniors, on voudrait simplement leur dire qu’on les aime. »

Coralie : Comment se fera la sélection des rêves à réaliser ? 

BZ : Tous les rêves ne se valent pas. Nous avons mis en place un comité pour réfléchir et définir ce qu’est un rêve et ce qu’est un manque.

Par exemple, remplir le caddie d’une personne âgée qui n’a pas les moyens de se nourrir, c’est un manque. Et c’est à l’État de prendre ses responsabilités sur ce plan.

En revanche, si je reçois une lettre de Maurice, qui m’écrit qu’il souhaiterait aller sur les traces de Paul Émile Victor au Groenland, alors ça, ça m’intéresse. Au-delà de tout ce qu’on va y gagner d’un point de vue culturel, j’y vois un homme de 84 ans qui a mûri un projet pendant des années, mais croit que ce rêve, il ne le réalisera plus vu son âge. Moi, j’ai envie qu’il le fasse. Ce projet qu’il a mûri pendant des années, on va l’aider à le réaliser.

« Ce projet qu’il a mûri pendant des années, on va l’aider à le réaliser. »

Autre élément de décision : les valeurs. Nous choisirons des hommes et des femmes qui incarnent des valeurs que nous avons dans Silver Alliance : la transparence, la loyauté, la solidarité, le dépassement de soi.

Coralie : Je termine toujours mes interviews par une dernière question : quels seraient pour vous les ingrédients pour permettre aux vieux de vivre mieux ?

BZ : Savoir qu’ils sont encore dans le coup, et qu’on les aime tout simplement.

Il faut qu’on arrête de penser que ce sont des vaches à lait, à qui on ne s’intéresse que lorsqu’il y a une échéance électorale. Le travail est devenu tellement prégnant dans nos vies qu’on en a oublié notre première valeur : la famille.

Ne pas oublier que si on est arrivé dans cette société aux âges que l’on a aujourd’hui, c’est parce qu’avant nous, il y a des gens qui ont lutté, qui se sont battus pour que l’on ait des acquis sociaux, etc. Donc, pour toutes ces raisons, les personnes âgées ne doivent pas être placées en retrait, mais être intégrées dans la société.

« Savoir qu’ils sont encore dans le coup, et qu’on les aime tout simplement. »

Ici se termine cette interview. Merci encore à Benjamin, pour avoir partagé avec nous sa vision sur les seniors, maîtres de leur destin et de leurs rêves, quel que soit leur âge, et son envie communicative de faire avancer les choses, de changer le regard qu’on porte sur nos « vieux » et de travailler ensemble sur la transition démographique pour rendre notre société meilleure et plus inclusive (pour nos aînés et en général).

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Coralie Belrose,Communication Cap Retraite

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