Votre parent ne veut pas quitter sa maison, mais les passages de l’aide à domicile ne suffisent plus. Entre le maintien à domicile classique et l’entrée en EHPAD[1], une solution intermédiaire se déploie partout en France : le centre de ressources territorial, souvent appelé EHPAD hors les murs. Voici ce qu’il apporte, pour qui, à quel coût, et à quel moment l’EHPAD redevient la meilleure réponse.
Le centre de ressources territorial, c’est quoi ?
La mission de centre de ressources territorial (CRT) a été créée par l’article 47 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2022. Elle est précisée par le décret n° 2022-731 du 27 avril 2022 et par un arrêté du même jour qui fixe son cahier des charges. Elle comporte deux volets :
- le volet 1, un appui aux professionnels du territoire : formations, partage de compétences gériatriques, mise à disposition d’équipements ou de locaux de l’EHPAD ;
- le volet 2, un accompagnement renforcé à domicile des personnes âgées en perte d’autonomie, présenté comme une alternative à l’EHPAD.
C’est ce second volet qui intéresse directement les familles. La mission peut être portée par un EHPAD, en lien avec les services à domicile, ou par un service à domicile qui signe alors une convention avec un EHPAD partenaire, notamment pour disposer d’un médecin coordonnateur.

Ce que le CRT apporte concrètement à domicile
Selon le cahier des charges, l’accompagnement renforcé vise un niveau de prestations similaire à celui d’un EHPAD. Il couvre quatre domaines :
- la sécurisation du domicile, de jour comme de nuit, et l’accompagnement à l’adaptation du logement ;
- la gestion des situations de crise : sortie d’hospitalisation, rupture dans l’aide, soutien et orientation des aidants vers du répit ;
- un suivi renforcé : coordination de tous les intervenants, suivi du plan de soins, surveillance gériatrique ;
- la lutte contre l’isolement et l’animation de la vie sociale.
Le CRT ne remplace pas l’infirmier libéral, le SSIAD[2] ou l’aide à domicile. Il les coordonne et devient l’interlocuteur privilégié de la famille, qui n’a plus à tout organiser elle-même.
Pour qui ?
Le volet 2 s’adresse aux personnes âgées en perte d’autonomie classées en GIR[3] 1 à 4, qui souhaitent rester chez elles, pour qui l’aide à domicile classique ne suffit plus et qui seraient a priori orientées vers un établissement. Les cahiers des charges publiés par les agences régionales de santé (ARS) donnent la priorité à plusieurs situations :
- le retour d’hospitalisation ;
- le logement inadapté ;
- l’absence d’aidant à proximité ;
- l’isolement de la personne.
La personne doit aussi habiter dans la zone couverte par le CRT, assez près pour que l’astreinte et les passages de nuit soient possibles. Les modalités de déplacement et de garde itinérante varient selon l’organisation du CRT et de ses partenaires. L’accompagnement n’est pas limité dans le temps.

Combien ça coûte pour la famille ?
Chaque CRT reçoit une dotation de 400 000 euros par an (480 000 euros outre-mer). Il doit accompagner au minimum 30 personnes en volet 2. Le cahier des charges précise qu’aucune participation financière ne peut être demandée aux bénéficiaires pour les prestations du CRT, hors prestations optionnelles.
Concrètement, la famille continue de payer ce qu’elle payait déjà : sa participation à l’APA pour l’aide à domicile, les éventuels restes à charge de soins, le loyer ou les charges du logement. Seules les options demandées en plus sont facturées, par exemple une téléalarme mobile ou des services de conciergerie.
À titre de repère, la CNSA chiffre le prix mensuel moyen d’une chambre individuelle en EHPAD en 2024 (hébergement et dépendance[4]) à 2 164 euros en établissement habilité à l’aide sociale et à 3 128 euros hors habilitation.
CRT, résidence services et EHPAD : ce que chacun apporte
| Critère | CRT (accompagnement renforcé à domicile) | Résidence services seniors | EHPAD |
| Lieu de vie | Le domicile de la personne | Un appartement privatif en résidence | Une chambre en établissement |
| Public | GIR 1 à 4 | Seniors plutôt autonomes | Personnes dépendantes |
| Présence la nuit | Sécurisation, astreinte et passages possibles | Variable, souvent une astreinte | Personnel présent en permanence |
| Coordination des soins | Interlocuteur unique, médecin coordonnateur | Non, intervenants extérieurs | Équipe soignante et médecin coordonnateur sur place |
| Coût pour la famille | Pas de participation pour le socle, APA et soins habituels | 1 300 à 2 000 euros par mois (EY, 2025) | 2 164 euros (habilité) à 3 128 euros (non habilité) par mois en moyenne en 2024 |
| Limite principale | Ne couvre pas une surveillance continue, places rares | Inadaptée à une dépendance lourde | Changement de cadre de vie |
Combien de CRT existent aujourd’hui ?
L’objectif national est de 500 CRT d’ici 2028. Selon un rapport de l’Assemblée nationale publié en 2025, 274 CRT étaient autorisés au 31 décembre 2024 et 175 avaient démarré leur activité. Ces chiffres datent de fin 2024 : le déploiement a continué depuis, de façon très inégale selon les régions.
Les places restent rares. Avec 30 personnes suivies par CRT, le même rapport estime à 15 000 le nombre de personnes accompagnées à terme, face à plus de 3 millions de personnes âgées en perte d’autonomie attendues en 2030.
À partir de quand l’EHPAD devient la bonne réponse
Le cahier des charges prévoit plusieurs motifs de sortie du dispositif, dont l’entrée en EHPAD et le fait que l’accompagnement renforcé n’apporte plus de bénéfice. Le rapport parlementaire relève d’ailleurs que la plupart des sorties sont dues à des décès ou à des entrées en EHPAD. Plusieurs signaux doivent faire envisager l’établissement :
- un besoin de surveillance continue, jour et nuit, que les passages ne couvrent plus ;
- des troubles cognitifs avec fugues, désorientation ou mise en danger ;
- des chutes répétées malgré l’adaptation du logement ;
- un aidant à bout de forces, ou plus d’aidant du tout ;
- des hospitalisations à répétition.
Dans ces cas, le CRT a un atout : l’équipe connaît déjà la personne et peut préparer une entrée en EHPAD dans de bonnes conditions, plutôt qu’en urgence après une hospitalisation.
En pratique : comment savoir s’il existe un CRT près de chez vous
- Parlez-en au médecin traitant ou à l’assistante sociale de l’hôpital : ils peuvent signaler la situation au CRT, et la personne ou son aidant peut aussi le contacter directement.
- Interrogez le point d’information local dédié aux personnes âgées (souvent appelé CLIC[5] ou CCAS) ou le dispositif d’appui à la coordination (DAC) de votre secteur.
- Consultez le site de votre ARS, qui publie les résultats de ses appels à candidatures avec les zones couvertes.
- En parallèle, si la perte d’autonomie progresse vite, déposez déjà un dossier d’admission en EHPAD : il servira de solution de repli sans vous engager.
Questions fréquentes
Faut-il avoir l’APA pour bénéficier d’un CRT ?
Le dispositif s’adresse aux personnes classées en GIR 1 à 4, correspondant aux niveaux de perte d’autonomie ouvrant droit à l’APA. Toutefois, il n’est pas nécessaire de percevoir cette allocation pour en bénéficier. L’aide à domicile financée par l’APA continue d’être prise en charge par le département, et le CRT la coordonne.
Peut-on choisir son CRT ?
Non. Chaque CRT couvre une zone définie avec l’ARS : c’est votre adresse qui détermine le CRT compétent.
✅ Article relu par l’équipe éditoriale avec le concours d’un contributeur expert médico-social chez Cap Retraite. Son expérience de terrain et sa connaissance des dispositifs d’aide et d’accompagnement permettant d’apporter un regard fiable et pertinent aux lecteurs.
-
[1] EHPAD
Les EHPAD sont des établissements médicalisés qui accueillent des personnes âgées qui ont besoin de soins médicaux réguliers et d’une aide dans leur vie quotidienne.
-
[2] SSIAD
Le Service de Soins Infirmiers à Domicile (SSIAD) un service qui fournit des soins infirmiers et de l’aide à domicile pour aider les personnes âgées ou malades à vivre chez…
-
[3] GIR
Le GIR (Groupe Iso-Ressources) est un outil qui sert à évaluer le niveau d’autonomie des personnes âgées, en les classant selon leur besoin d’aide pour les activités quotidiennes.
-
[4] Dépendance
La dépendance de la personne âgée désigne le besoin d’aide pour réaliser les tâches de la vie quotidienne en raison de problèmes physiques ou mentaux.
-
[5] CLIC
Le CLIC est un centre local qui aide les personnes âgées en fournissant des informations et des conseils sur les services et les aides financières disponibles, ainsi que les démarches…
Note de l’article (1 votes)
Cet article vous a-t-il été utile ?
Notez cet article afin de nous permettre d’améliorer nos contenus.










Réagissez, posez une question…