Les malades parkinsoniens tremblent-ils tous ? Existe-t-il des traitements efficaces ? Les effets indésirables sont-ils fréquents ? À l’occasion de la Journée mondiale de Parkinson, Cap Retraite vous rappelle quelques faits encore insuffisamment connus sur la maladie de Parkinson.

Mythe 1 : la maladie de Parkinson n’affecte que les mouvements

On considère souvent la maladie de Parkinson comme une pathologie motrice. En fait, presque tous les patients atteints de cette maladie neurodégénérative présentent des symptômes non moteurs. Ces signes peuvent en outre souvent survenir avant les symptômes moteurs.

Les symptômes non moteurs de la maladie de Parkinson peuvent inclure les troubles suivants :

  • troubles du sommeil,
  • douleurs,
  • dysfonction sexuelle,
  • incontinence fécale,
  • dépression,
  • anxiété,
  • apathie,
  • déclin cognitif et démence.

Fréquemment, les patients et leurs proches minimisent l’importance des manifestations non motrices de la maladie de Parkinson. Le diagnostic de la pathologie intervient donc souvent seulement après l’apparition des premiers symptômes moteurs. Pourtant ces troubles affectent fortement la qualité de vie des patients (Bonnet et Czernecki, 2013) et menacent leur pronostic vital.

Mythe 2 : les traitements ne fonctionnent que quelques années

Il n’y a certes pas de traitement pour guérir la maladie de Parkinson, comme c’est d’ailleurs le cas pour les autres maladies neurodégénératives. Il existe cependant des médicaments permettant de réduire les symptômes et d’améliorer la qualité de vie des patients.

Parmi eux, la lévodopa (L-dopa) est l’un des médicaments les plus efficaces sur les principaux symptômes moteurs de maladie de Parkinson (tremblement, rigidité et lenteur). Le corps convertit cette molécule en dopamine lorsqu’elle atteint le cerveau.

Un autre mythe qui a la vie longue : la lévodopa ne soulagerait les symptômes qu’environ cinq ans, avant de perdre son efficacité.

En réalité, ce traitement médicamenteux peut rester efficace pendant des dizaines d’années (source : France Parkinson).

Mais ce mythe a une origine. L’enzyme clé convertissant la lévodopa en dopamine se trouve malheureusement dans les neurones dopaminergiques de la subsantia nigra, qui disparaissent avec l’évolution de la maladie de Parkinson. Paradoxalement, le principal moyen de maintenir la dopamine disponible décline donc au fil du temps.

Ainsi, ce n’est pas le médicament qui perd son efficacité, mais l’enzyme nécessaire à son fonctionnement qui disparaît.

Autrefois, les neurologues et les patients avaient tendance à reporter le traitement de crainte que la lévodopa cesse petit à petit de fonctionner. Nous savons aujourd’hui que l’efficacité décroissante du médicament est due non à la durée du traitement, mais à la progression de la maladie de Parkinson.

Il est vrai néanmoins qu’avec le temps chaque dose de lévodopa risque de réduire les symptômes moins longtemps. Cet « épuisement » de l’effet thérapeutique en fin de dose (wearing-off) signifie que les symptômes reprennent avant la prise de la dose suivante.    

Mythe 3 : la Lévodopa empire les symptômes

Il est faux que la lévodopa accroît les symptômes en général de la maladie de Parkinson.

Ses effets secondaires peuvent néanmoins comporter d’autres symptômes moteurs, tels que les dyskinésies induites par la L-dopa (mouvements saccadés involontaires). Mais le début de la dyskinésie est lié à l’évolution de la maladie plutôt qu’à la durée du traitement (Alberto et coll., 2018). Par conséquent, les neurologues ne recommandent plus nécessairement d’attendre un stade avancé de la maladie de Parkinson pour commencer le traitement.

La dyskinésie n’apparaît en général qu’après les 4 à 10 premières années du traitement avec la lévodopa, d’après l’association américaine de la maladie de Parkinson (APDA).

Les personnes âgées de 70 ans et plus sont moins touchées que les patients jeunes par les DIL (dyskinésies). Elles ont même des chances de ne présenter aucun signe ou seulement des symptômes légers.

Même dans ses formes légères, la dyskinésie peut être très gênante. Néanmoins, la mobilité retrouvée grâce au traitement à base de lévodopa est souvent considérée comme un avantage supérieur aux inconvénients de la dyskinésie.

Mythe 4 : les tremblements sont toujours synonymes de la maladie de Parkinson

Les tremblements sont le symptôme le plus connu de la maladie de Parkinson. Néanmoins, ils peuvent aussi apparaître dans d’autres maladies (Ali et Morris, 2015), notamment :

  • syndrome parkinsonien iatrogène (induit par les médicaments),
  • syndrome parkinsonien vasculaire (SVP),
  • tremblement essentiel,
  • maladie psychogénique,
  • maladie dopa-sensible.

Mythe 5 : tous les patients atteints de la maladie de Parkinson présentent des tremblements

Bien que les tremblements soient souvent associés dans notre esprit avec la maladie de Parkinson, certains patients développent des symptômes non moteurs bien avant l’apparition de tremblements.

En outre, certains patients (environ 2 sur 10) ne présentent de tremblements à aucun stade de la maladie.

Il semblerait que la gravité des tremblements, lorsqu’ils apparaissent, soit liée à la zone du cerveau que la maladie de Parkinson touche. Les patients concernés auraient perdu davantage de neurones dopaminergiques dans l’aire rétrorubrale (adjacente à la substantia nigra), ce qui expliquerait la présence de tremblements.

Mythe 6 : les médecins peuvent toujours prévoir l’évolution de la maladie

Bien que les neurologues comprennent de mieux en mieux l’ensemble des symptômes de la maladie de Parkinson, il reste difficile de prévoir l’évolution exacte de la pathologie chez chacun. Ses manifestations varient fortement d’une personne à l’autre.

Les scientifiques tentent actuellement de développer des techniques pour mieux prédire la progression de la maladie et ainsi adapter les traitements. L’intelligence artificielle et l’apprentissage machine, notamment, sont mis à contribution dans ces recherches (Rastegar et coll., 2019).

Mythe 7 : outre les médicaments, il n’existe pas d’autre traitement

D’aucuns pensent encore que seulement les médicaments peuvent réduire les symptômes ou ralentir la progression de la maladie.

En fait, la pratique d’un exercice physique d’aérobie (vélo, tapis roulant) peut réduire les symptômes et améliorer la qualité de vie des personnes atteintes de la maladie de Parkinson (Dupouy, Ori-Magne et Brefel-Courbon, 2017).

Le sport ne réduit pas seulement les symptômes moteurs, mais améliore aussi les troubles du sommeil et les fonctions cognitives.

Il est recommandé de pratiquer une activité sportive au moins deux heures et demie par semaine pour une meilleure prise en charge de la maladie de Parkinson.  

Sources :

Ali, K. et Morris, H. R. (2015). Parkinson’s disease: chameleons and mimics. Practical neurology15(1), 14-25.

Bonnet, A. M. et Czernecki, V. (2013). Les symptômes non moteurs dans la maladie de Parkinson : cognition et comportement. Gériatrie et Psychologie Neuropsychiatrie du Vieillissement11(3), 295-304.

Dupouy, J., Ory-Magne, F., & Brefel-Courbon, C. (2017). Autres prises en charge dans la maladie de Parkinson : psychologique, rééducative, éducation thérapeutique et nouvelles technologies. La Presse médicale46(2), 225-232.

Espay, A. J., Morgante, F., Merola, A., Fasano, A., Marsili, L., Fox, S. H. … et Lang, A. E. (2018). Levodopa‐induced dyskinesia in Parkinson disease: current and evolving concepts. Annals of neurology84(6), 797-811.

Rastegar, D. A., Ho, N., Halliday, G. M. Et Dzamko, N. (2019). Parkinson’s progression prediction using machine learning and serum cytokines. npj Parkinson’s Disease5(1), 1-8.

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Yaël A.,Rédactrice chez Cap Retraite

1 Commentaire

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  1. Vincent Patrick

    Votre article est très clair. Parkinsonien depuis 11 ans lorsque j’interviens pour expliquer les symptômes et les conséquences, j’insiste lourdement sur l’activité physique qui entre selon les spécialistes à 50% dans l’efficacité du traitement. Personnellement je fais une demi heure de gym le matin, 6 kms de marche tous les deux jours, deux heures de qi gong par semaine un peu de vélo d’appartement et des exercices de cohérence cardiaque. L’activité physique et le contact social sont les deux impératifs pour vivre avec cette maladie que l’on doit combattre tous les jours. Un (une) parkinsonien(e) monte sur le ring tous les matins et doit s’approprier la phrase de Sénèque  » La vie n’est pas d’attendre que les orages passent mais d’apprendre à danser sous la pluie » Cordialement Patrick Vincent

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