Le secteur des maisons de retraite a profondément changé de visage depuis le scandale Orpea de janvier 2022. Changements de noms, plans de sauvegarde, rachats d’actifs entre fonds d’investissement, restructurations associatives : le paysage des groupes qui pilotent les 7 400 EHPAD[1] français s’est largement recomposé en quatre ans. Pour les familles, comprendre qui gère réellement l’établissement où vit un parent devient une information capitale. La gouvernance détermine en partie les choix de gestion, le turnover du personnel, le maintien des tarifs et la qualité globale de l’accompagnement. Voici le panorama actualisé en 2026 des principaux acteurs, des changements récents et de ce qu’il faut retenir avant de choisir ou de quitter une maison de retraite.
Un secteur très concentré autour de quinze groupes
Sur les 7 400 EHPAD répartis sur le territoire français :
- presque la moitié appartient au secteur public (établissements hospitaliers, communaux ou départementaux) ;
- le reste se partage entre le privé associatif (autour de 1 800 établissements, soit un quart du total) et le privé commercial (quelque 2 000 établissements).
Dans le secteur privé, la concentration s’est accélérée : au 31 décembre 2024, quinze groupes contrôlaient plus de 80 % des lits privés commerciaux du pays. Les trois premiers à eux seuls représentent plus de 10 % du parc national, toutes catégories confondues.
Ce phénomène de concentration s’explique par les besoins de capitaux nécessaires pour construire, rénover et faire fonctionner un EHPAD, mais aussi par la stratégie des fonds d’investissement, très présents dans le capital des groupes commerciaux. Les opérations de rachat, de fusion et de cession se multiplient depuis 2023, redessinant en continu la carte des opérateurs.

Clariane, la transformation de Korian
Korian a changé de nom en juin 2023 pour devenir Clariane, à l’issue d’une décision d’assemblée générale.
Clariane exerce dans plusieurs secteurs : EHPAD, cliniques de soins médicaux et de réadaptation, hospitalisation à domicile et résidences seniors. Le chiffre d’affaires consolidé 2025 a dépassé 5,3 milliards d’euros avec une croissance organique proche de 4,6 %. Le groupe est coté à Euronext Paris.
Pour les familles, le changement de nom a entraîné une évolution progressive de la communication du groupe. Les pratiques tarifaires et les contrats restent gérés au niveau de chaque établissement, mais la centralisation des achats et des décisions stratégiques s’est renforcée.
Emeis, le rebaptême d’Orpea
Le groupe Orpea a connu une période de transformation majeure depuis 2022, déclenchée par la publication en janvier 2022 d’un ouvrage d’enquête.
Le groupe a changé de nom en mars 2024 pour devenir Emeis, rebaptisé Emeis dans le cadre d’une restructuration. Il est sorti de ce plan en février 2026, après une lourde restructuration capitalistique pilotée notamment par la Caisse des dépôts.
Pour les résidents et les familles, l’évolution principale tient à la nouvelle gouvernance, à des contrôles internes renforcés et à un dispositif de transparence (publication d’indicateurs qualité par établissement).
DomusVi, le deuxième acteur resté privé
DomusVi a la particularité de DomusVi est de ne pas être coté en Bourse : son capital reste détenu par un actionnariat privé, principalement le fonds d’investissement ICG associé au fondateur Yves Journel et à sa famille. Ce statut implique une structure de gouvernance différente des groupes cotés.
Le groupe est moins présent dans les communications médiatiques, mais reste soumis aux mêmes contrôles inspectoraux conduits par les ARS et les départements.
Colisée, Domidep, LNA Santé et Maisons de Famille
Derrière le trio de tête, plusieurs groupes de taille intermédiaire pèsent de plus en plus lourd grâce à des opérations de rachat ciblées.
- Colisée, contrôlé par le fonds EQT depuis 2020, exploite environ 90 EHPAD en France. Le groupe a renforcé son maillage en rachetant plusieurs établissements indépendants en 2024.
- Domidep, propriété du fonds I Squared Capital, s’est positionné comme un acteur actif des opérations de croissance externe avec une stratégie d’acquisitions ciblées.
- LNA Santé exploite environ 45 établissements en France Le groupe se distingue par une approche moins financiarisée et une diversification entre EHPAD et cliniques de soins de suite. Il participe à l’expérimentation de fusion des sections soins et dépendance[2] lancée en 2025.
- Maisons de Famille exploite environ 15 EHPAD en France pour 1 300 lits.

Cortille, l’ex-Bridge qui mise sur la transparence
Après les ruptures de marque Korian devenu Clariane et Orpea devenu Emeis, le groupe Bridge a annoncé en 2025 son changement de nom pour Cortille (du vieux français signifiant jardin), accompagné d’un plan d’investissement immobilier de 13 millions d’euros sur trois ans.
Le déploiement de la nouvelle identité s’étale tout au long de 2026. Le groupe positionne son discours sur la transparence et le format à taille humaine, avec une signature de marque axée sur la confiance des familles. Deux tiers des directions d’établissement ont été renouvelées dans la foulée.
Le poids du secteur associatif et public
Le secteur associatif reste un acteur majeur des EHPAD, dont la part est moins visible dans les classements commerciaux.
Des structures comme la Croix-Rouge française, Adef Résidences, ARPAVIE, AG2R La Mondiale (qui gère des établissements via sa branche prévoyance), la Mutualité française ou la Fondation Cos Alexandre Glasberg pilotent ensemble plusieurs centaines d’EHPAD avec des modèles économiques différents : pas d’actionnaires à rémunérer, excédents réinvestis dans la qualité du service. Les associations habilitées à l’aide sociale à l’hébergement sont particulièrement présentes dans les territoires peu attractifs pour le privé commercial.
Le secteur public, géré par des établissements hospitaliers ou par les communes via les centres communaux d’action sociale, représente près de la moitié du parc national. Les tarifs y sont souvent plus modérés et l’habilitation ASH y est quasi systématique.
Tableau des principaux groupes en 2026
| Groupe | Statut | Établissements France |
|---|---|---|
| Clariane | Coté Euronext | environ 267 |
| DomusVi | Privé non coté | environ 260 |
| Emeis | Coté Euronext | environ 229 |
| Colisée | Fonds EQT | environ 97 |
| Domidep | Fonds I Squared | nc |
| LNA Santé | Coté Euronext | 45 |
| Cortille | Privé | nc |
| Maisons de Famille | Privé | 16 |
Conséquences concrètes pour les résidents et les familles
Quand un EHPAD change de groupe de tutelle[3], plusieurs effets sont à surveiller dans les mois qui suivent l’opération.
- Le tarif hébergement peut évoluer lors de la révision annuelle, parfois à la hausse au-delà du taux d’inflation autorisé. La règle veut que l’augmentation soit notifiée au moins deux mois à l’avance et qu’elle reste dans la limite fixée par arrêté ministériel. Vérifiez attentivement cette notification.
- Le contrat de séjour ne change pas automatiquement : il est conclu entre le résident et l’établissement personne morale, pas avec le groupe qui en détient le capital. Toutefois, des évolutions des prestations annexes (blanchisserie, animations, sorties) peuvent être proposées par avenant.
- L’équipe reste en général la même dans les premières semaines, mais les changements de direction et de cadres soignants sont fréquents lors des opérations de fusion. Un turnover important du personnel encadrant est un signal à observer : il indique parfois une dégradation des conditions de travail susceptible de retentir sur la qualité des soins.
- La politique d’animation et de restauration peut être harmonisée à l’échelle du groupe. Des prestataires nationaux remplacent parfois des fournisseurs locaux, avec des impacts variables sur la qualité ressentie par les résidents.
Comment vérifier qui gère réellement un établissement
Plusieurs outils permettent d’identifier le groupe propriétaire d’un EHPAD donné :
- Le portail pour-les-personnes-agees.gouv.fr propose un annuaire national avec fiche détaillée par établissement, mentionnant le statut juridique et parfois le groupe gestionnaire.
- La plateforme ViaTrajectoire donne accès aux mêmes informations.
- L’Agence régionale de santé publie les rapports d’inspection et les éventuelles injonctions concernant les établissements de sa région. La consultation est libre. Le ministère de la Santé publie depuis 2023 un tableau d’indicateurs de qualité par EHPAD, accessible sur le site dédié, incluant notamment le taux d’encadrement, le turnover du personnel et le pourcentage de réclamations.
Pour les groupes cotés, les rapports annuels et les communications financières sur Euronext renseignent sur la stratégie, les acquisitions et les engagements pris en matière de qualité.
FAQ
Comment savoir si mon EHPAD a été racheté ?
L’information doit être communiquée aux résidents et aux familles via un courrier officiel signé du directeur. Vous pouvez aussi consulter la fiche de l’établissement sur pour-les-personnes-agees.gouv.fr et vérifier le nom du groupe gestionnaire affiché à l’entrée et sur les documents administratifs.
Un changement de groupe peut-il entraîner une hausse de tarif ?
Pas immédiatement. Le tarif hébergement est révisé annuellement et la hausse est encadrée par arrêté ministériel. La modification doit être notifiée par écrit au moins deux mois avant son application. En cas de désaccord, la commission de conciliation départementale peut être saisie.
Le contrat de séjour change-t-il automatiquement ?
Non. Le contrat est conclu entre le résident et l’établissement, pas avec le groupe. Il continue de s’appliquer dans les mêmes termes. Toute modification substantielle nécessite un avenant signé par le résident ou son représentant légal.
Faut-il privilégier un groupe associatif plutôt que commercial ?
Aucune règle générale. Des établissements de qualité existent dans les trois statuts (public, associatif, privé commercial). Ce qui compte, c’est la qualité de la direction, le taux d’encadrement, la stabilité des équipes et l’ambiance perçue lors des visites. Les indicateurs ARS et les rapports d’inspection sont les meilleurs guides objectifs.
Que faire si la qualité se dégrade après un rachat ?
Signalez les manquements par écrit à la direction, puis au conseil de la vie sociale de l’établissement. Si rien ne change, saisissez l’ARS via le portail signalement.social-sante.gouv.fr et le département. La famille peut également mandater le Défenseur des droits et, en dernier recours, engager une procédure judiciaire.
Source : DRESS
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[1] EHPAD
Les EHPAD sont des établissements médicalisés qui accueillent des personnes âgées qui ont besoin de soins médicaux réguliers et d’une aide dans leur vie quotidienne.
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[2] Dépendance
La dépendance de la personne âgée désigne le besoin d’aide pour réaliser les tâches de la vie quotidienne en raison de problèmes physiques ou mentaux.
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[3] Tutelle
La tutelle est un mesure de protection judiciaire où une personne est désignée pour prendre soin des affaires personnelles et financières d’une personne qui ne peut plus le faire elle-même…
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