Il arrive parfois un stade de la maladie d’Alzheimer[1] au cours duquel votre proche fait preuve d’irritabilité. Devant ce comportement, vous pouvez éprouver une véritable détresse. Et pour cause, l’agressivité de votre proche est l’un des symptômes les plus difficiles à surmonter, même avec des médicaments. Il existe fort heureusement quelques stratégies à apprendre permettant de prévenir, ou du moins de faire face plus facilement à ces épisodes difficiles pour toute la famille.
L’agressivité est-elle un symptôme normal de la maladie d’Alzheimer ?
Lorsqu’on évoque la maladie d’Alzheimer et les démences, on pense souvent à la perte de mémoire et à la confusion du patient. Malheureusement, les symptômes de la maladie d’Alzheimer ne sont pas limités à ces difficultés cognitives, déjà fortement handicapantes. Il existe également divers symptômes neuropsychiatriques.
L’agressivité, un symptôme neuropsychiatrique de la démence sénile
L’agressivité fait partie de ces symptômes neuropsychiatriques et constitue un trouble du comportement fréquent chez les individus présentant une démence, dont la maladie d’Alzheimer. Elle ne relève ni d’un trait de caractère, ni d’un choix volontaire, mais d’une altération des fonctions cérébrales impliquées dans la régulation des émotions et du comportement.
L’agressivité chez la personne âgée atteinte de démence vasculaire est également fréquente. Les troubles de l’humeur – agressivité, agitation et apathie – dominent en effet dans cette pathologie neuro-dégénérative (Benoit et coll., 2003, étude REAL).
Quels comportements agressifs peut entraîner la démence ?
Chez une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer ou d’une autre forme de démence, l’agressivité peut prendre des formes très diverses. Elle peut être verbale, physique ou se manifester par une agitation marquée.
- Agressivité verbale : propos agressifs ou injurieux, cris, accusations infondées (par exemple l’idée d’être volé), menaces, répétition insistante des mêmes reproches ;
- Agressivité physique : gestes brusques, coups, pincements, griffures, jets d’objets ou opposition physique lors des soins.
Les personnes âgées atteintes de la maladie d’Alzheimer peuvent ainsi se persuader que leur entourage leur veut du tort ou cherche à leur nuire. Ces illusions alimentent l’irritabilité et les réactions agressives, y compris envers le conjoint ou les proches aidants.
Isolement, changements de repères et anxiété : des facteurs aggravants
Avec les périodes de confinement et les mesures barrières imposées par les risques de contagion du Covid-19, l’agressivité était devenue de plus en plus fréquente chez les personnes atteintes de démences.
Ces dernières ont eu du mal à comprendre pourquoi tout avait changé et les visites de leurs proches s’étaient espacées pour ceux résidant dans des Ehpad[2]. Surmonter l’anxiété était alors devenu un enjeu important dans la relation aidant-aidé.
Agressivité et démence : ne pas culpabiliser
Il est important, avant tout, que les aidants familiaux se souviennent qu’ils ne sont absolument pas responsables de l’agressivité liée à la démence sénile et que leur proche ne fait pas « exprès ».
Si le conjoint ou l’enfant prend ce trouble du comportement pour une attaque personnelle, il s’expose à une anxiété superflue.
Quelles sont les causes de l’agressivité ?
Les scientifiques ne savent pas exactement pourquoi certaines personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer sont agressives, tandis que d’autres sont épargnées par ce trouble. Plusieurs facteurs, souvent cumulés, peuvent toutefois expliquer ces réactions.
Causes biologiques et physiques
Des chercheurs de l’université du Kansas ont démontré que les problèmes d’identification constituent l’un des principaux facteurs prédictifs de l’agressivité chez les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. Il semblerait qu’oublier la nature de certaines choses ou leur emplacement provoque des réactions agressives. Le fait de ne plus reconnaître certains objets, lieux ou situations peut générer une grande anxiété et provoquer des réactions agressives.
Causes biologiques et physiques
Par ailleurs, de nombreux troubles physiques peuvent être en cause, sans que la personne puisse les exprimer clairement :
- Douleurs ou maladies non diagnostiquées : la douleur chronique est fréquente chez les personnes âgées et peut s’exprimer par de l’agressivité lorsqu’elle ne peut être verbalisée ;
- Difficultés visuelles ou auditives : une mauvaise perception de l’environnement accentue la frustration et le sentiment d’insécurité ;
- Inconfort physique : faim, soif, chaleur, froid ou besoin d’aller aux toilettes peuvent déclencher des réactions vives.
- Effets indésirables des médicaments : certains traitements, notamment contre l’anxiété ou les troubles du comportement, peuvent provoquer irritabilité, agitation ou agressivité.
Dans ces situations, l’agressivité peut être une forme d’expression de l’inconfort.
Facteurs psychologiques liés aux troubles cognitifs
Le déclin cognitif propre à la maladie d’Alzheimer peut également favoriser les comportements agressifs :
- Pertes de mémoire conscientes, surtout aux stades précoces, générant frustration et colère envers soi-même ou les autres ;
- Difficultés à comprendre une situation ou une conversation, entraînant un sentiment d’échec ou d’injustice ;
- Altération du contact avec la réalité, pouvant conduire à des réactions inadaptées face à des situations mal interprétées ;
- Anxiété, peur et paranoïa, plaçant la personne dans un état de « fuite ou de défense », propice aux réactions agressives.
Les idées délirantes et les hallucinations peuvent accentuer ces réactions, tout comme la dépression[3] liée à la perte de contrôle sur son corps, son esprit et son environnement.
Déclencheurs sociaux et environnementaux
L’environnement joue un rôle important dans l’apparition de l’agressivité, en particulier lorsque la personne se sent désorientée :
- Situations ou lieux inhabituels vécus comme menaçants ou incompréhensibles ;
- Présence de personnes peu familières ou rappelant confusément des figures du passé ;
- Foule ou agitation excessive, source de surcharge sensorielle ;
- Peurs inexpliquées, même si elles ne semblent pas rationnelles à l’entourage ;
- Ennui et manque de stimulation, pouvant conduire la personne à manifester son mal-être par des accès de colère ;
- Sentiments de solitude, de méfiance ou d’insécurité, parfois sans déclencheur identifiable.
Décrypter le message derrière l’agressivité
Avant toute prise en charge, il est nécessaire de chercher à comprendre ce que cache l’agressivité. Elle peut traduire un besoin non satisfait ou un malaise :
- faim ou soif,
- peur ou anxiété,
- inconfort physique,
- difficulté à comprendre une situation,
- perte de repères.
Un syndrome confusionnel intervenant parfois lorsque l’état de santé de la personne âgée se dégrade peut se traduire par de l’agitation et une agressivité à l’égard de l’entourage et des soignants.
Comment prévenir les crises d’agressivité liées à la démence sénile ?
L’une des causes de l’agressivité liée à la démence sénile est tout simplement un inconfort que la personne ne sait pas exprimer verbalement. Il est donc important d’essayer de soulager la douleur chronique ou des pathologies médicales aiguës, susceptibles d’être des facteurs contribuant à l’agressivité.
En observant les comportements et réactions de votre proche, tentez de comprendre ses besoins et de vérifier s’ils sont satisfaits. Des besoins physiques, comme se soulager, boire, s’alimenter ou simplement se reposer, peuvent entraîner une agressivité lorsqu’ils ne sont pas satisfaits.
Si votre proche doit subir un soin désagréable, tentez de l’associer au traitement. Le fait d’être actif permet de réduire le sentiment d’impuissance. Vous pouvez lui demander de tenir quelque chose en rapport avec le soin.
Quelle prise en charge de l’agressivité d’un malade d’Alzheimer ?
L’utilisation de médicaments pour traiter l’agressivité chez les personnes atteintes de démence présentant des comportements agressifs est loin de faire l’unanimité.
Les antipsychotiques contre l’agressivité liée à la démence ?
Les médecins ont essayé le recours aux antipsychotiques typiques (Melleril, Haldol, etc.), mais leur efficacité s’est avérée limitée, surtout au regard des effets indésirables, tels que les vomissements et les nausées.
Les antipsychotiques atypiques (Risperdal, par exemple) se sont montrés plus efficaces pour réduire les troubles du comportement, tels que l’agressivité. Mais la FDA américaine n’en autorise pas l’utilisation chez les patients atteints de la maladie d’Alzheimer, car ils les exposent à un risque plus élevé de décès et d’AVC. En France, aussi, l’utilisation de cette catégorie de médicaments est réservée à un traitement de courte durée (jusqu’à 6 semaines) de l’agressivité persistance. Elle concerne les personnes à un stade modéré à sévère, non réactives aux méthodes non médicamenteuses et lorsqu’il y a un risque pour le malade ou ses proches.
Les approches non médicamenteuses
Les thérapies non médicamenteuses peuvent être utiles pour faire face au symptôme d’agressivité liée à la maladie d’Alzheimer.
Approche | Mise en œuvre | Résultat |
|---|---|---|
Activité physique régulière |
|
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Interactions sociales adaptées |
|
|
Maintien d’activités simples et utiles |
| Préserve le sentiment d’utilité |
Musicothérapie | Jouer de la musique apaisante aux moments clés, comme la toilette | Réduit l’anxiété et les troubles du comportement |
Activités créatives : dessin, peinture, collages… | Offre un moyen d’expression remplaçant la communication verbale | |
Médiation animale et zoothérapie[5] | Contact avec des animaux formés |
|
Accroître les activités de réminiscence ou de stimulation sensorielle, comme les massages, peut également être favorable à la personne atteinte d’Alzheimer.

Quelles stratégies adopter pour aider la personne Alzheimer agressive ?
Heureusement, les médicaments ne sont pas la seule réponse à l’agressivité des patients atteints de la maladie d’Alzheimer. Il existe d’autres moyens d’améliorer la situation. Les techniques suivantes ont aidé de nombreuses personnes à faire face à l’agressivité de leur proche.
1. Étiquetez pour faciliter les repères
Mettez des signes et des étiquettes sur les portes des pièces ou sur les objets d’utilisation commune, comme les horloges ou le téléphone, pour rappeler à quoi ils servent.
Demandez à vos hôtes de porter une étiquette avec leur nom lorsqu’ils rendent visite à la personne atteinte de la maladie d’Alzheimer.
Collez des petites notes explicatives sur les placards du domicile pour rappeler à votre proche ce qu’ils contiennent.
2. Identifiez les déclencheurs habituels d’agressivité
Tentez de reconnaître les signes avant-coureurs de l’agressivité : votre proche parle fort, il bougonne, il profère des menaces, etc.
Essayez de repérer à quelle heure la crise d’agressivité se produit. Le but : essayer de prévenir en intervenant une demi-heure avant la survenue d’une nouvelle crise. Si l’agressivité est favorisée par la douleur ou un besoin physique, c’est à ce moment-là que vous allez vouloir agir pour l’aider à satisfaire ses besoins. Le but : éviter que la situation dégénère.
Lorsque vous avez identifié les situations qui provoquent plus particulièrement l’agressivité de votre proche, vous pouvez réfléchir à une façon de faciliter les transitions.
Si votre proche atteint de la maladie d’Alzheimer n’aime pas sortir de la maison, vous pouvez aborder ce processus étape par étape. Essayez par exemple de détourner son attention au cours de la séquence de gestes qui précèdent la sortie : se lever, mettre ses chaussures, un chapeau, etc.
3. Faites preuve de logique, sans accuser votre proche
Si vous trouvez la montre de votre proche dans le sucrier, ne l’accusez pas. Demandez-lui gentiment comment elle est arrivée là et s’il ne sait pas, réfléchissez logiquement avec lui, sans vous moquer.
4. Acceptez ses sentiments
L’écoute empathique est importante. Dites à votre proche que c’est normal d’être parfois frustré, triste ou solitaire.
Évitez de tenter de raisonner un proche atteint de démence sénile lorsqu’il est agité et fait preuve d’agressivité.
5. Utilisez un ton rassurant
Abordez votre proche en lui rappelant son nom et le vôtre. Employez des phrases courtes et claires. Servez-vous de gestes, de mimiques et de démonstrations pour communiquer aussi de manière non verbale.
Souriez et tentez d’avoir l’air agréable. Votre visage transmet un message important. Votre propre sérénité peut aider votre proche à se calmer.
6. Adoptez une routine quotidienne régulière
La routine est importante pour la personne atteinte de la maladie d’Alzheimer. Elle permet de minimiser le nombre d’événements inattendus et stressants.
L’ambiance doit aussi être calme et apaisante, pour prévenir les crises d’agressivité.
Évitez la surcharge sensorielle. Demandez aux autres membres de la famille de respecter la routine de votre proche, mais aussi d’éviter de le solliciter plus que nécessaire. Recherchez les sources de bruits gênants et limitez-les (alarmes, appareils bruyants, etc.)
7. Tentez d’ignorer les comportements agressifs
Si la distraction et le soutien ne fonctionnent pas, tentez d’ignorer l’agressivité de votre proche atteint de démence sénile. Si la situation est menaçante, assurez-vous que votre proche ne risque pas de se faire du mal et éloignez-vous le temps qu’il se calme.
8. Gardez le sens de l’humour
Si vous parvenez à anticiper les hauts et les bas dans l’humeur de votre proche, et à garder votre sens de l’humour, vous avez des chances de plus facilement surmonter les moments difficiles d’agressivité de votre proche atteint de la maladie d’Alzheimer.
9. Essayez la musique
Parfois, le simple fait de chanter un titre apprécié de votre proche peut le calmer. L’académie américaine de neurologie recommande l’utilisation de la musique pour réduire divers troubles du comportement.
La musique serait plus efficace au moment de la toilette et pendant les repas. La musicothérapie fait d’ailleurs ses preuves avec les personnes âgées atteintes de la maladie d’Alzheimer.
10. Ne restez pas seul : cherchez un soutien
Vous pouvez également participer à des groupes de parole ou des cafés Alzheimer, par exemple auprès de votre association Alzheimer locale, pour partager vos expériences, profiter de celles d’autres aidants et décharger votre cœur.
Sachez également que, si la maladie d’Alzheimer est incurable, la phase agressive est une étape en général passagère chez les malades. Néanmoins, ces troubles du comportement peuvent durer plusieurs années, alors n’hésitez pas à essayer les stratégies susmentionnées. Lorsqu’il est trop difficile de faire face, un accueil en maison de retraite peut être une solution pour garder une bonne relation avec votre proche. La plupart des Ehpad sont aujourd’hui équipés d’unités de vie Alzheimer, accueillant les personnes atteintes de démences diverses. Celles-ci proposent des soins pour améliorer la qualité de vie du résident et des activités adaptées pour stimuler sa fonction cognitique et l’apaiser.
SUR LE MÊME SUJET: Témoignage d’une aidante : Comment gérer les crises d’agressivité d’un patient diagnostiqué Alzheimer?
Questions fréquentes
À quel stade de la maladie d’Alzheimer apparaît l’agressivité ?
L’agressivité apparaît le plus souvent au stade modéré de la maladie d’Alzheimer, lorsque les troubles cognitifs et de compréhension s’aggravent. Elle est généralement liée à la frustration, à l’anxiété ou à des difficultés à communiquer.
Où trouver du soutien pour les aidants confrontés aux troubles du comportement ?
L’épuisement émotionnel face à l’agressivité d’un proche atteint de démence est une réalité difficile à vivre. Un soutien médical, familial ou associatif peut être nécessaire. N’hésitez pas à en parler à votre médecin traitant. Des associations comme France Alzheimer proposent également des groupes de parole, des cafés des aidants et même des formations pour apprendre à faire face. L’intervention d’une aide à domicile peut aussi vous soulager lorsque la charge devient trop lourde.
Sources
Benoit, M., Staccini, P., Brocker, P., Benhamidat, T., Bertogliati, C., Lechowski, L., … & Robert, P. H. (2003). Symptômes comportementaux et psychologiques dans la maladied’Alzheimer: résultats de l’étude REAL. FR. La revue de médecine interne, 24, 319s-324s.
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[1] Alzheimer
La maladie d’Alzheimer est une maladie qui affecte le cerveau, entraînant des pertes de mémoire et des difficultés à penser clairement, rendant progressivement les tâches quotidiennes plus difficiles.
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[2] EHPAD
Les EHPAD sont des établissements médicalisés qui accueillent des personnes âgées qui ont besoin de soins médicaux réguliers et d’une aide dans leur vie quotidienne.
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[3] Dépression
La dépression est un état de tristesse profonde et prolongée, où une personne perd l’intérêt pour les activités et se sent épuisée, qui est très fréquent chez les seniors.
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[4] Art-Thérapie
L’art-thérapie est une approche thérapeutique qui utilise l’expression artistique, comme le dessin ou la musique, pour aider les gens à explorer et à comprendre leurs émotions.
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[5] Zoothérapie
La zoothérapie est une méthode de soin qui utilise les interactions avec des animaux pour aider les gens à se sentir mieux sur le plan physique, émotionnel ou social.
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Je suis un papy de 80 ans au 27-10-25. Depuis des années je fais des minis AVC silencieux. Je viens de passer plusieurs IRM, médullaires, cérébrales Etc..Leucopatie vasculaire stade 2/3. Démence vasculaire.
Question: ces minis avc sont’ils détectable par ECG ?
Bonjour
Je vous remercie pour votre commentaire.
Les mini AVC silencieux ne sont généralement pas détectés par un ECG, mais plutôt par des examens d’imagerie comme l’IRM.
Bonne journée.
Amandine
Si cette maladie reste incurable, neurodégénérative de manière irréversible, du moins pour le moment compte tenu des recherches opérées dans ce domaine, il reste impératif d’agir sur l’entourage du patient, de ceux qui le prennent en charge par un accompagnement continu et une formation sérieuse concernant la nature et les particularités de la maladie qui, faute de pouvoir guérir, il faudrait savoir s’y adapter et savoir gérer. Un tel patient, surtout s’il s’agit d’un proche, d’un parent ou d’un conjoint bref d’une personne chère n’est point à condamner ou à délaisser: il faudrait avoir le courage et la bravoure de la supporter et de la comprendre sans perdre de vue que, et à n’importe quel moment nous mêmes nous risquons de nous retrouver dans la même situation.