
A première vue, on ne remarque aucun point commun entre Julie, 20 ans, étudiante en droit à l'université Paris VI, et Simone 75 ans, retraitée de la fonction publique, veuve depuis 3 ans.
Et pourtant, les deux femmes cohabitent agréablement depuis six mois.
Julie, fraîchement débarquée à la capitale, cherchait un moyen économique de se loger, proche de la faculté. Un réel défi lorsque l'on connaît les listes d'attentes interminables des cités U, et les prix exorbitants de minuscules chambres de bonnes, bien souvent perchées aux sommets d'immeubles sans ascenseur.
Via internet, elle découvre alors une agence spécialisée, proposant de loger chez une personne âgée, en contrepartie de menus services. La jeune fille est enthousiaste et rencontre rapidement sa future colocataire.
Le courant passe tout de suite. Simone, qui vit seule dans un appartement parisien devenue trop grand pour elle, souhaite simplement profiter d'un peu de compagnie le soir, et de quelques services de temps à autre. Elle ne demande aucun loyer pour la chambre mise à disposition de Julie.
Toutefois, si certaines personnes âgées comme Simone ne demandent pas de contrepartie financière, des variantes du système existent. D'autres types de contrats incluent une participation de l'étudiant, ce qui permet de rentabiliser facilement une chambre de son appartement et de compléter sa pension de retraite. Cependant, l'intérêt économique ne doit pas être la seule motivation des deux parties.
Pour que le projet ait les meilleures chances de réussir, un réel désir de partager le quotidien avec une personne d'une autre génération est nécessaire.
Les exemples de ''binômes'' formés avec succès se multiplient via des sites internet comme
http://www.leparisolidaire.fr ou encore
http://untoit2generations.fr/.
Moyennant une cotisation annuelle et des frais d'inscription modiques, ces organismes se chargent de vérifier le sérieux des demandes, et s'assurent de l'adéquation des attentes des futures colocataires. Dans tous les cas, bonne volonté, discrétion et patience sont de mise.
Pas question pour le jeune d'organiser une fête étudiante chez son hôte, ni pour la personne âgée de faire de l'hébergé son auxiliaire de vie! Un suivi, organisé tout au long du séjour par l'organisme intermédiaire, est garant du bon déroulement de l'expérience.

Ce nouveau système qui séduit les jeunes, inspire encore de la méfiance aux seniors. De plus, bon nombre d'entre eux ne sont tous simplement pas au courant de cette possibilité de colocation. Il faut dire que cette tendance est principalement devenue populaire via internet, un média encore mal apprivoisé par les aînés. On assiste donc à un déséquilibre entre les demandes d'étudiants et les places offertes. Pour une chambre proposée, on compte en moyenne huit candidats !
Afin de mieux diffuser le concept auprès des anciens, plusieurs collectivités locales comme la Ville de Paris n'hésitent pas à devenir partenaires d'organismes triés sur le volet pour attester de leur sérieux. Une Charte, visant à encadrer et encourager ce mode d'habitat a même été rédigée. La cohabitation intergénérationnelle est prometteuse, les jeunes trouvent grâce à elle une issue à la crise du logement, et leurs aînés souvent isolés, se resocialisent. Un bel exemple de solidarité pour renouveler le dialogue entre les générations.